Le Brent glisse à 100,28 $ US et Wall Street grimpe : la faiblesse de l’emploi américain rassure
Un rapport sur l’emploi décevant éloigne une hausse de taux de la Réserve fédérale en octobre. Le pétrole recule aussi, Washington pressant l’Europe de puiser dans ses réserves de diesel.

Il y a des matins où une mauvaise nouvelle fait le bonheur de la tablée. Vendredi, les investisseurs de New York ont accueilli un rapport sur l’emploi décevant comme on accueille un plat moins épicé que prévu : avec soulagement, parce qu’il rend moins probable une nouvelle dose de piquant de la part de la banque centrale.
Vers 10 h 10, le Dow Jones gagnait 0,57 %, le NASDAQ 1,61 % et le S&P 500 0,96 %, selon La Presse, qui cite l’AFP.
Un rapport qui change la donne
Le déclencheur : seulement 29 000 emplois créés aux États-Unis en septembre, contre 85 000 attendus. Le taux de chômage est passé de 4,1 % à 4,2 %, et les embauches de juillet et août ont été révisées à la baisse.
Pourquoi les marchés applaudissent-ils? Parce que la Réserve fédérale américaine (Fed) a deux missions : favoriser le plein emploi et contenir l’inflation. Avec la flambée de l’énergie, elle a relevé ses taux en septembre, une première en trois ans. Un marché du travail qui ralentit lui donne une raison d’attendre.
Pour l’analyste Jamie Cox, de Harris Financial Group, «il n’y a désormais plus aucune chance que les taux [directeurs, NDLR] soient relevés en octobre». Patrick O’Hare, de Briefing.com, nuance : le rapport ne fait pas disparaître les craintes d’inflation, mais il affaiblit l’idée que l’emploi est assez solide pour que la Fed l’ignore. Selon l’outil CME FedWatch, les investisseurs misent maintenant sur un statu quo en octobre, avant une possible hausse en décembre.
Les obligations respirent
Sur le marché de la dette, la réaction a été nette. Le taux des obligations américaines à dix ans, c’est-à-dire le rendement exigé par les prêteurs pour financer Washington sur cette durée, évoluait autour de 5,20 % vers 10 h. La veille, il avait clôturé à 5,24 %, après une pointe à 5,34 %, du jamais vu depuis 2002.
«C’est la nouvelle que les obligations attendaient […] mais les rendements à long terme restent élevés», prévient Natalia Lojevsky, de CIFC Asset Management.
Le pétrole recule
L’autre ingrédient de la journée vient du pétrole. Vers 9 h 55, le baril de Brent de la mer du Nord, livrable en décembre, perdait 1,98 % à 100,28 dollars américains. Le West Texas Intermediate, livrable en novembre, cédait 2,93 % à 90,15 dollars, après avoir glissé jusqu’à 88,06 dollars.
En cause : la pression de Washington sur l’Europe pour qu’elle puise dans ses stocks d’urgence de gazole, le carburant diesel très utilisé en agriculture et par les camions de marchandises. Les États-Unis menaceraient même d’interdire leurs exportations de carburants vers l’Union européenne en cas de refus. Donald Trump a affirmé sur Truth Social que «l’Europe venait d’accepter de mettre sur le marché une quantité massive de son gazole abondamment stocké». Une visioconférence du G7 était prévue dans l’après-midi.
L’analyste Giovanni Staunovo met en garde contre l’effet d’un tel remède : «les réserves stratégiques sont conçues pour faire face à des perturbations temporaires de l’offre, et non à des déséquilibres structurels du marché». Des réserves plus minces rendraient les prix plus sensibles au moindre choc.
Gagnants et perdants
Tesla gagnait 5,48 % à 373,51 dollars après des livraisons supérieures aux attentes au troisième trimestre. Nike perdait 5,49 % à 33,22 dollars après des résultats décevants et l’annonce de suppressions d’emplois; son titre a fondu de 55 % en un an. Seagate (-12,07 %) et Western Digital (-10,79 %) reculaient, le Nikkei rapportant que Toshiba investirait plus de 380 millions de dollars pour doubler sa production.
Prochain service à surveiller : la réunion d’octobre de la Fed. Si le plat reste tiède, les marchés en redemanderont.


