Siège de la Fed : de 1,3 à près de 2,4 milliards, mais Washington renonce à poursuivre Powell
Le département de la Justice ne rouvre pas d’enquête pénale contre l’ancien président de la Réserve fédérale. Le dérapage de la facture du chantier, lui, reste entier.

Environ 1,1 milliard de dollars de plus pour rénover et agrandir un siège social. C’est l’écart qu’a creusé le chantier du siège de la Réserve fédérale américaine (la Fed), à Washington. Pour la justice américaine, toutefois, un dépassement de coûts n’est pas un crime.
Le département de la Justice des États-Unis a indiqué vendredi qu’il ne réactivait pas la procédure visant Jerome Powell, l’ancien président de la banque centrale. « Nous ne rouvrons pas d’enquête pénale contre lui », a déclaré Todd Blanche, ancien avocat personnel de Donald Trump, en entrevue à l’agence Bloomberg, a rapporté La Presse.
Une facture qui a presque doublé
Les chiffres viennent du rapport du bureau de l’inspecteur général de la Fed (OIG), une sorte de chien de garde chargé d’examiner la gestion de l’institution. Le coût du projet de rénovation et d’agrandissement est passé de 1,3 milliard de dollars en février 2020 à près de 2,4 milliards en décembre 2024. Et le chantier n’est toujours pas terminé.
Le calcul est simple : la facture a gonflé d’environ 85 % en un peu moins de cinq ans. Combien de propriétaires privés auraient laissé filer un tel écart sans revoir le projet de fond en comble?
Blanchi sur le plan pénal
C’est Jerome Powell lui-même qui avait saisi l’inspecteur général. Celui-ci a conclu qu’il n’y avait pas matière à poursuites : « À aucun moment au cours de notre évaluation, nous n’avons trouvé de motifs raisonnables de croire qu’une infraction au droit pénal fédéral a été commise, justifiant un renvoi » devant la justice, a écrit l’organisation.
Cette conclusion n’a pas satisfait la Maison-Blanche. Mercredi, Donald Trump a balayé le rapport dans un message publié sur sa plateforme Truth Social et a dit avoir demandé à son procureur général d’« étudier le rapport ». Il a ajouté que Jerome Powell « devrait être contraint de démissionner IMMÉDIATEMENT ! S’il ne démissionne pas, il devrait être poursuivi par le gouvernement américain, pour corruption ou incompétence ».
Le président, ancien promoteur immobilier, a fait de ce chantier un motif de fixation, rappellent Radio-Canada et La Presse. Il a aussi cherché à évincer Jerome Powell, à qui il reprochait une politique monétaire trop austère à son goût. Le mandat de M. Powell à la présidence de la Fed a pris fin comme prévu au printemps 2026. Son successeur, Kevin Warsh, a été choisi par Donald Trump.
Deux questions à ne pas confondre
L’affaire mêle deux débats. Le premier, pénal, semble clos : l’enquête interne n’a trouvé aucune infraction, et le département de la Justice ne rouvre pas le dossier.
Le second, budgétaire, reste ouvert. Un projet public peut être parfaitement légal et coûter presque deux fois plus cher que prévu. Le rapport de l’inspecteur général chiffre l’ampleur du dérapage, mais les dépêches publiées vendredi ne disent pas qui, au sein de l’institution, devra rendre des comptes sur les choix qui l’ont provoqué.
La distinction compte. En faisant du chantier une affaire de corruption, la Maison-Blanche a transformé une question de gestion en bataille politique. Or, une fois l’accusation écartée, le risque est de croire que tout va bien. Une institution peut ne commettre aucun crime et quand même mal gérer l’argent qu’on lui confie.
Pour les contribuables d’ici, le scénario a un air connu : un grand chantier public dont le budget explose, puis un rapport qui ne trouve aucun coupable. À partir de quel dépassement un gestionnaire public devrait-il répondre de sa facture, même quand personne n’a enfreint la loi?


