Excédent commercial avec les États-Unis : 5,9 milliards, le plus faible surplus depuis février
Les Américains achètent-ils plus au Canada simplement parce qu’ils sont plus nombreux? Non, répond un spécialiste de HEC Montréal : sans l’énergie, le Canada serait en déficit sur les biens.

L’excédent commercial du Canada avec les États-Unis s’établissait à 5,9 milliards de dollars, selon les plus récentes données de Statistique Canada, publiées en juillet 2026. C’est nettement moins que les 10,3 milliards enregistrés en juin 2026, et le plus faible surplus observé depuis février, a rapporté La Presse.
Un excédent commercial signifie que le Canada vend à son voisin davantage de biens qu’il ne lui en achète. Ce surplus nourrit depuis longtemps une idée répandue : si les Américains achètent plus aux Canadiens que l’inverse, ce serait simplement parce qu’ils sont plus de dix fois plus nombreux.
Une intuition qui ne tient pas
C’est la question qu’a posée un lecteur, L. Gendron, à la chronique « Démystifier l’économie » de La Presse, exemple culinaire à l’appui : si nous vendons des tartes aux pommes aux Américains et qu’ils nous vendent des tartes aux pacanes, leur appétit plus grand ferait pencher la balance.
Ari Van Assche, professeur titulaire de commerce international à HEC Montréal, nuance. Selon lui, il n’existe pas de lien clair entre la taille d’une économie et sa balance commerciale. « Ça, c’est le point de vue de la consommation, mais il y a aussi la production », a-t-il rappelé.
L’argument est simple. Une population plus nombreuse compte plus de consommateurs, mais aussi plus de travailleurs, plus d’entreprises et plus de producteurs capables d’exporter. La taille joue donc des deux côtés du comptoir.
L’énergie fait le surplus
Le surplus canadien repose surtout sur un secteur. Dans le commerce des biens, l’excédent est attribuable principalement à l’énergie, notamment au pétrole. « Si on enlève l’énergie, nous aurions un déficit commercial de biens avec les États-Unis », a expliqué M. Van Assche.
Le portrait change encore quand on ajoute les services, une catégorie qui pèse de plus en plus lourd avec le numérique. Dans ce domaine, c’est le Canada qui affiche un déficit envers son voisin du Sud. Résultat, selon le professeur : « si on met les deux ensemble [biens et services], c’est quasi en balance [équilibre] ».
Le déficit américain envers le Canada serait donc parfois surestimé, estime-t-il.
Une hypothèse impossible à trancher
Le professeur pousse le raisonnement plus loin. Si le Canada avait la population des États-Unis tout en gardant la même structure économique, rien ne garantit qu’il enregistrerait encore un surplus. Un Canada plus grand produirait, exporterait et importerait davantage aussi. Impossible, donc, de conclure automatiquement à un surplus ou à un déficit.
Deux constats se dégagent. D’abord, la balance commerciale dépend de ce qu’un pays produit et vend, pas seulement de qui achète. Ensuite, le surplus canadien sur les biens tient en bonne partie aux ressources énergétiques : c’est la production de pétrole qui fait pencher la balance du côté canadien. Le jour où cette production ralentit, c’est l’équilibre du commerce avec les États-Unis qui bascule.
L’écart entre 10,3 milliards et 5,9 milliards rappelle aussi que ce solde peut bouger vite d’un mois à l’autre. Un seul relevé ne fait pas une tendance.
À surveiller
La prochaine publication de Statistique Canada sur le commerce international dira si le surplus continue de s’amincir après ce creux, le plus bas depuis février, ou s’il s’agissait d’un recul passager.


