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Opinion
Chroniqueur anonyme

Logement en Espagne : renouveler les baux de force et chasser les investisseurs ne bâtira aucun appartement

Des dizaines de milliers de Madrilènes ont manifesté pour le droit au logement. Leur colère est légitime. Les remèdes qu’on leur vend, beaucoup moins.

3 min de lecture
Un immeuble d’habitation à galeries du quartier de Lavapiés, à Madrid (photo d’archives). Photo : Tamorlan / Wikimedia Commons (CC BY-SA 3.0)

Il faut parfois écouter ses adversaires : ils disent la vérité sans le faire exprès. À Madrid, une porte-parole du syndicat de locataires à l’origine des manifestations, Valeria Racu, a lancé que « huit jours de pouvoir populaire sont capables de faire bien plus que huit ans de gouvernement progressiste », selon Radio-Canada. Huit ans de gouvernement Sanchez, et la crise est toujours là. Je n’aurais pas mieux dit.

Quelque 70 000 personnes selon les autorités, 500 000 selon le syndicat, ont défilé dans la capitale espagnole derrière une banderole appelant à la grève générale. Des témoignages rapportés par l’AFP font mal : un trois pièces partagé autrefois à 900 euros, un deux pièces qui en coûte souvent 1000 aujourd’hui, des salariés qui consacrent la moitié de leur paie à une chambre. Personne ne niera qu’il y a un problème.

Le débat porte sur le remède.

La recette qui a échoué au Parlement

Vendredi, les députés espagnols ont rejeté les textes du gouvernement. Que contenaient-ils? La suspension jusqu’en 2030 des expulsions de personnes vulnérables, des mesures contre les fonds d’investissement qualifiés de « vautours » et le renouvellement automatique des contrats de location.

Relisez la liste. Vous n’y trouverez pas une grue, pas un chantier, pas un permis de construire accéléré. Tout porte sur la façon de répartir la pénurie, rien sur la façon d’en sortir.

Le renouvellement automatique des baux, c’est l’État qui signe à la place du propriétaire. L’idée a l’air généreuse. Mais demandez-vous ce que fera la personne qui hésitait à mettre son appartement en location : sachant qu’elle ne pourra plus jamais reprendre son bien ni choisir son locataire, elle le vendra, le gardera vide ou le confiera à la location touristique. Chaque contrainte ajoutée sur l’offre réduit l’offre. Ce n’est pas une opinion de droite, c’est de l’arithmétique.

Le procès des investisseurs

On accuse les plateformes comme Airbnb et les fonds d’investissement de faire flamber les prix en achetant des logements et en réduisant l’offre destinée aux résidants, rapporte Radio-Canada. Le diagnostic contient une part de vrai : quand un logement passe au tourisme, il quitte le marché locatif.

Mais la conclusion est fausse. Si des investisseurs achètent des immeubles à Madrid, c’est que les logements y sont rares et chers. La rareté est la maladie; le fonds d’investissement n’est que le thermomètre. Casser le thermomètre n’a jamais fait baisser la fièvre. Chasser les capitaux privés du logement, c’est se priver de ceux qui pourraient en financer la construction.

L’histoire qui a mis le feu aux poudres est celle d’une Madrilène de 87 ans, chassée de l’appartement qu’elle habitait depuis sept décennies après que la société immobilière propriétaire eut voulu augmenter son loyer de 275 %. Le cas est révoltant, et protéger les plus vulnérables est un devoir. Mais une aide ciblée, versée à la personne, coûte moins cher à la société qu’un gel général qui fait fuir tous les bâtisseurs.

Le politicien a trouvé son thème

Le premier ministre Pedro Sanchez, selon la presse espagnole, se donne quelques jours pour décider s’il déclenche des élections anticipées, alors que la fin de la législature est prévue en 2027. Le Figaro note qu’il pourrait vouloir rebondir grâce à la crise du logement. Voilà le plus inquiétant : une pénurie devenue programme électoral, où chacun promet de punir quelqu’un plutôt que de laisser construire.

Un manifestant cité par l’AFP réclame que quelqu’un ose enfin « réglementer tout ça ». Je comprends sa colère. Mais l’Espagne réglemente depuis des années, et c’est bien la rue qui le constate aujourd’hui.

Avis à ceux qui, chez nous, rêvent des mêmes recettes : on ne loge personne avec un décret. On loge des gens avec des murs, des toits, et des propriétaires qui ont encore envie d’en bâtir.

Les textes d’opinion n’engagent que leurs auteurs.

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