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Économie

Pacific Link : un million de barils par jour, mais Carney promet une « croissance soutenue », pas un boum

Premier projet désigné d’intérêt national, l’oléoduc vers la côte Ouest profitera d’un examen simplifié. Reste à savoir si les producteurs des sables bitumineux investiront pour le remplir.

3 min de lecture
Un camion minier géant dans la région de Fort McMurray, en Alberta (photo d’archives). Photo : Wilson Hui / Wikimedia Commons (CC BY 2.0)

Un million de barils par jour. C’est la capacité de l’oléoduc Pacific Link, qui doit relier l’Alberta à un terminal d’exportation par pétrolier dans le sud de la Colombie-Britannique. C’est aussi le premier projet désigné d’intérêt national en vertu de la loi fédérale adoptée l’an dernier, ont rapporté Le Devoir et Radio-Canada.

Le premier ministre Mark Carney en a fait l’annonce cette semaine à Fort McMurray, plaque tournante des sables bitumineux. La désignation ouvre la voie à un examen simplifié, piloté par le bureau des grands projets établi à Calgary. Autrement dit, un chemin administratif plus court avant les premières pelletées de terre.

Interrogé sur un éventuel retour des années de plein essor dans le nord-est de l’Alberta, M. Carney a pesé ses mots. Il n’emploierait pas le terme « boum », a-t-il répondu, préférant parler de « croissance soutenue ».

Un pipeline ne suffit pas

L’oléoduc ne vaudra que ce que les producteurs voudront y faire couler. Son avenir économique dépend de la décision des entreprises des sables bitumineux d’investir pour augmenter leur production.

Or, depuis une décennie, ces entreprises évitent les mégaprojets. La dernière mine construite à partir de zéro, Fort Hills, exploitée par Suncor Énergie, montre pourquoi : entre le feu vert définitif en 2013 et la mise en service en 2018, la facture est passée de 13,5 milliards $ à plus de 17 milliards $. Les producteurs ont préféré depuis optimiser leurs installations existantes pour en tirer davantage de bitume.

Les dirigeants du secteur ont invoqué trois freins : le manque de capacité des oléoducs, un cadre réglementaire complexe et des règles environnementales contraignantes. Le marché a aussi pesé. Les cours mondiaux du brut se sont effondrés il y a une dizaine d’années à cause d’une offre surabondante, puis la pandémie de COVID-19 a pratiquement anéanti la demande.

Ce qui a changé

En 2026, la donne n’est plus la même, selon les deux médias. La guerre au Moyen-Orient a exposé la fragilité des chaînes d’approvisionnement énergétiques et poussé des pays à chercher des fournisseurs stables. Plusieurs politiques énergétiques de l’ère Trudeau, honnies par l’industrie pétrolière, ont été abrogées. Et Pacific Link pourrait permettre à davantage de brut albertain d’atteindre les marchés asiatiques.

« Nous avons tiré les leçons du passé en matière de construction d’infrastructures », a déclaré M. Carney jeudi. Il a cité les maires qui anticipent les besoins de leurs communautés et la participation précoce des Premières Nations, qui assurerait selon lui une répartition plus large des retombées.

La première ministre de l’Alberta, Danielle Smith, a attiré l’attention sur les camions de transport autonomes visibles en arrière-plan. Autrefois, ces mastodontes auraient exigé des conducteurs payés à six chiffres, amenés par avion et logés dans des camps de travail. « Les entreprises ont réussi à trouver un moyen d’augmenter la production sans subir le genre de pression considérable que nous avons connue par le passé », a-t-elle soutenu, en rappelant les nouveaux arrivants qui ne trouvaient pas de logement lors du dernier boum.

Mme Smith a aussi discuté avec les élus locaux des routes et des ponts à prévoir, dont la modernisation de l’autoroute 881, qui traverse plusieurs sites d’exploitation au sud de Fort McMurray.

Une industrie plus concentrée

Pour Andrew Botterill, qui dirige le pôle pétrole, gaz et chimie de Deloitte Canada, le secteur a mûri. « Nous avons aujourd’hui un groupe de producteurs plus efficace et bien plus cohérent là-bas que ce n’était peut-être le cas il y a 10 ou 15 ans », a-t-il constaté. Les actifs sont désormais entre moins de mains : Husky et MEG Energy ont été rachetées, tandis que Shell et Total se sont retirées ou ont fortement réduit leurs participations.

À surveiller

La main-d’œuvre demeure le principal point d’interrogation. Lance Mortlock, associé directeur chez EY Canada, rappelle que Pacific Link pourrait s’ajouter à de nouvelles mines, à des lignes de transport d’électricité et à des barrages. « Je ne sais pas trop d’où viendront toutes ces personnes si nous réalisons ne serait-ce que la moitié des projets que nous souhaitons construire », a-t-il prévenu.

Le véritable indicateur viendra des producteurs eux-mêmes. Tant qu’ils n’annonceront pas de nouveaux investissements pour accroître leur production, l’examen accéléré du pipeline restera une promesse sur papier.

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