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Économie

Hausses de taux : le ralentissement de l’économie pourrait retenir la Banque du Canada

Capital Economics prévoit seulement deux hausses d’un quart de point à partir de l’an prochain, bien moins que ce qu’anticipent les marchés financiers.

3 min de lecture
La Banque du Canada annoncera sa prochaine décision le 28 octobre. Photo : Wladyslaw / Wikimedia Commons (CC BY-SA 3.0)

Les marchés financiers ont déjà le pied sur l’accélérateur des hausses de taux. Les économistes de Capital Economics, eux, rappellent que la route est glissante.

Dans un rapport publié mercredi et rapporté par La Presse, le cabinet de recherche économique estime que la Banque du Canada fera passer son taux directeur de 2,25 % à 2,75 %, au moyen de deux hausses d’un quart de point à partir de l’an prochain. Le taux directeur, c’est le levier dont se sert la banque centrale pour influencer tous les autres : celui de votre marge de crédit, de votre prêt auto et, au bout du compte, de votre hypothèque.

Une hausse d’un demi-point au total, donc. C’est bien en deçà de ce que misent désormais les marchés : environ 1,25 point de pourcentage de hausses avant la fin de 2027, selon les auteurs du rapport.

La Banque du Canada n’a pas touché à son taux de toute l’année 2026. Elle voulait d’abord mesurer l’effet du conflit commercial avec les États-Unis et de la guerre en Iran sur ses perspectives. Prochain rendez-vous : le 28 octobre, avec des prévisions à jour sur l’économie et l’inflation.

Ce qui pousse vers des hausses, c’est surtout le pétrole. Ses prix élevés nourrissent la crainte d’une inflation tenace. Pour l’instant, la banque centrale a constaté peu de signes que la hausse de l’essence se propage au reste du panier de consommation, mais ses dirigeants ont clairement indiqué qu’ils étaient prêts à relever les taux si l’inflation menaçait de s’étendre.

Ce qui retient la main de la Banque, selon Capital Economics, c’est une économie qui tire de la patte : droits de douane américains, incertitude commerciale et faible croissance de la population. Le cabinet prévoit que le produit intérieur brut réel, c’est-à-dire la production de l’économie une fois l’effet de l’inflation retiré, n’augmentera que de 1,5 % l’an prochain, avant de revenir à un rythme normal de 2 % en 2028. Statistique Canada a d’ailleurs indiqué mardi que la croissance avait marqué le pas en juillet, avant de probablement reprendre en août.

Un taux directeur de 2,75 % placerait la Banque au milieu de ce qu’elle considère comme sa fourchette neutre : le niveau où le coût de l’emprunt ne stimule ni ne freine l’économie. Ni accélérateur ni frein : le régulateur de vitesse, en somme.

Autre facteur moins visible : les rendements obligataires, soit l’intérêt que rapportent les obligations, grimpent partout dans le monde. Selon le rapport, cette hausse contribue déjà à resserrer les conditions financières, c’est-à-dire à rendre le crédit plus cher et plus difficile à obtenir. Une partie du travail se fait donc sans que la Banque ait à bouger.

Il y a aussi la démographie. Les révisions publiées la semaine dernière par Statistique Canada ont montré que la population n’avait pas diminué récemment sur un an, contrairement à ce qu’on croyait au départ. Capital Economics estime que cela pourrait inciter Ottawa à resserrer encore l’immigration pour atteindre ses objectifs. « Cela constituerait un frein à la consommation des ménages et pourrait ralentir la reprise du marché immobilier, même si le taux de chômage devrait également baisser plus rapidement que prévu », indique le rapport, cité par La Presse.

Pour les ménages, le message est nuancé. Les marchés parient sur une remontée rapide des taux. Si Capital Economics voit juste, elle sera plus lente et plus modeste. Ceux qui doivent renouveler un prêt dans les prochains mois ont tout intérêt à suivre la décision du 28 octobre, et à en discuter avec leur institution financière.

D’ici là, la Banque du Canada garde les deux mains sur le volant. Et un pied qui hésite entre les pédales.

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