Ebola en RDC : plus de 4000 morts, une riposte entravée par les groupes armés et la défiance
La 17e épidémie d’Ebola de la République démocratique du Congo est devenue la plus meurtrière de son histoire. Le virus s’est étendu à sept provinces, et les violences compliquent la lutte.

La République démocratique du Congo (RDC) a franchi un seuil sinistre : plus de 4000 morts depuis le début de l’épidémie d’Ebola en cours, la 17e de son histoire, devenue en quelques mois la plus meurtrière jamais connue dans ce vaste pays d’Afrique centrale, a rapporté Radio-Canada.
Selon les dernières données des autorités congolaises, 8300 cas ont été recensés, dont 4018 décès et 2162 guérisons. Le taux de létalité, c’est-à-dire la proportion des malades qui en meurent, atteint 48,4 %.
Une flambée qui se déplace
Partie de l’Ituri, dans le nord-est, l’épidémie s’est étendue à sept provinces du nord et de l’est, parmi les plus troublées du pays. Le groupe armé M23, soutenu par Kigali, a lui-même annoncé vendredi six cas, dont quatre décès, dans des zones du Nord-Kivu qu’il contrôle.
C’est là que réside la difficulté. La riposte manque de moyens et se heurte à la fois à la présence de groupes armés et à la défiance d’une partie des populations locales. Dans l’Ituri, de violents affrontements entre milices locales ont entravé les opérations ces derniers jours et déplacé plus de 5000 personnes, selon l’ONU.
Mardi soir, un centre de transit pour les malades a brûlé dans la même province, après que des militaires eurent pénétré dans un site de déplacés et provoqué la fuite de ses occupants, toujours selon l’ONU. Au Nord-Kivu, un agent chargé de la détection des cas a été tué lors d’une attaque armée contre un point de contrôle sanitaire, ont indiqué les autorités congolaises.
Les soignants, particulièrement exposés dans ces régions pauvres et reculées aux infrastructures défaillantes, paient un lourd tribut. Un médecin de Médecins sans frontières (MSF) a été évacué vers les Pays-Bas après un test positif, a annoncé l’organisation.
Un vaccin conçu pour une autre souche
La flambée est causée par la souche Bundibugyo du virus. Or, l’efficacité du vaccin Ervebo a été démontrée contre une autre souche, Zaïre, la plus fréquente par le passé. De premières doses ont néanmoins été administrées à des volontaires de première ligne dans le cadre d’un essai clinique, c’est-à-dire une étude encadrée destinée à mesurer l’efficacité du produit. En août, quelque 70 000 doses provenant du stock mondial ont été allouées à la RDC.
Les signaux demeurent contradictoires. L’Organisation mondiale de la santé a relevé à la mi-septembre des signes encourageants, mais le directeur général de l’agence de santé de l’Union africaine (Africa CDC) a estimé dans la foulée que l’épidémie n’était pas sous contrôle. MSF, pour sa part, a résumé la situation en une phrase : « L'épidémie ne recule pas, mais elle se déplace ».
L’aide internationale
Washington a annoncé 267 millions de dollars américains supplémentaires, soit 380 millions de dollars canadiens. La France, qui a consacré 13,4 millions d’euros (21,5 millions $ CA) à la lutte contre Ebola entre janvier et juillet, devait dépêcher vendredi à Bunia, capitale de l’Ituri et épicentre de l’épidémie, son ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot. Rien n’a filtré sur une nouvelle aide française.
Le Canada n’est pas étranger à la crise : il a prolongé de 60 jours ses restrictions de voyage liées à l’épidémie, a rapporté Radio-Canada.
Dans des provinces où des centres de soins brûlent et où ceux qui traquent le virus risquent leur vie, la défiance des populations pèse presque autant que le virus lui-même. C’est elle, plus encore que les doses de vaccin, qui dira si cette 17e épidémie peut être contenue.


