Corée du Nord : un missile sur plus de 700 km, au lendemain des sarcasmes de Kim Yo Jong
Le tir de samedi, depuis la région de Wonsan, prolonge une série de démonstrations militaires alors que Séoul accuse le Nord d’avoir posé des mines qui ont blessé trois soldats sud-coréens.

La Corée du Nord a tiré samedi un missile balistique vers la mer depuis la région côtière de Wonsan, sur sa côte est, ont indiqué les forces armées sud-coréennes, citées par La Presse. L’engin a parcouru plus de 700 kilomètres, selon l’état-major interarmées de Séoul, et le ministère japonais de la Défense précise qu’il est tombé à l’extérieur de la zone économique exclusive du Japon, cette bande maritime où un État exerce des droits exclusifs sur les ressources.
Le tir n’a rien d’un geste isolé. Il survient au lendemain d’une déclaration cinglante de Kim Yo Jong, sœur du dirigeant Kim Jong-un et sans doute la deuxième personnalité la plus puissante de Pyongyang, et dans un climat de tension aiguë à la frontière, où l’explosion de mines a blessé trois soldats sud-coréens.
Une frontière qui se ferme
Séoul et le Commandement des Nations unies, dirigé par les États-Unis, affirment que ces mines étaient nord-coréennes et qu’elles avaient été posées au sud de la ligne de démarcation militaire, la frontière de fait entre les deux Corées.
Kim Yo Jong a jugé « tout à fait pathétiques » les demandes d’excuses de Séoul, en affirmant que le Nord entendait rompre définitivement ses liens avec le Sud. Elle avait auparavant nié toute responsabilité de son pays et menacé de riposter si les soldats sud-coréens ouvraient le feu sur les troupes nord-coréennes occupées à fortifier la frontière.
Ces travaux, faits de mines et de barrières antichars, se sont accélérés depuis que Kim Jong-un a renoncé, en 2024, à l’objectif de longue date de son gouvernement, la réconciliation avec le Sud, et désigné Séoul comme un adversaire permanent. Séoul réclame aujourd’hui l’arrêt de ces fortifications.
La réponse des alliés
Le bureau de la sécurité nationale de la présidence sud-coréenne a exigé la fin immédiate des tirs répétés, qu’il qualifie de violations des sanctions du Conseil de sécurité de l’ONU et d’« acte grave qui ne contribue en rien à la gestion de la situation actuelle ». L’armée sud-coréenne dit avoir renforcé sa surveillance et partager étroitement ses informations avec Washington et Tokyo.
Le Commandement américain du Pacifique s’est voulu rassurant : le tir « ne constituait pas une menace immédiate pour le personnel ou le territoire américains ni pour nos alliés ».
Moscou plutôt que Washington
Ce missile s’ajoute à une série de démonstrations des dernières semaines : essais d’un système de missiles présenté comme hypersonique, exercices de tir réel, mise en service d’un nouveau navire de guerre. Kim Jong-un continue d’exhiber un programme nucléaire en pleine expansion, malgré les appels américains à relancer la diplomatie.
Le dirigeant a largement tourné le dos au dialogue avec Washington et Séoul depuis l’échec de ses négociations nucléaires avec Donald Trump, en 2019. Il a fait de Moscou le centre de gravité de sa politique étrangère, en envoyant des milliers de soldats et d’importantes quantités d’armes pour soutenir la guerre de Vladimir Poutine en Ukraine.
En août, M. Trump a réduit l’ampleur d’un important exercice militaire conjoint avec la Corée du Sud, dans un effort apparent pour renouer avec M. Kim, qui avait dénoncé ces manœuvres comme des répétitions d’invasion. Pyongyang a jusqu’ici rejeté ces ouvertures.
Le régime pose ses conditions : Washington doit d’abord renoncer à sa « politique hostile », expression par laquelle Pyongyang désigne les sanctions menées par les États-Unis et les manœuvres conjointes avec le Sud, et cesser de faire de la dénucléarisation une condition préalable aux pourparlers.
Le retour des vieilles lignes
Sept ans après l’échec des négociations avec Donald Trump, la péninsule semble revenue à une logique plus ancienne, celle où chaque camp se fortifie de son côté de la ligne et où les missiles tiennent lieu de correspondance diplomatique.


