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Brésil : Lula, 80 ans, contre Flavio Bolsonaro, un duel serré sur fond d’insécurité et de vie chère

Au premier tour, dimanche, les sondages donnent quelques points d’avance au président sortant, mais prédisent un coude-à-coude au second. Le scrutin a lieu la veille de celui du Québec.

3 min de lecture
Le Congrès national du Brésil, à Brasília. Photo : Eurico Zimbres / Wikimedia Commons (CC BY-SA 2.5)

Les Brésiliens votent dimanche, la veille des Québécois, pour un premier tour présidentiel qui oppose deux noms bien connus. D’un côté, le président sortant Luiz Inácio Lula da Silva, 80 ans, qui brigue un quatrième mandat. De l’autre, le sénateur Flavio Bolsonaro, 45 ans, qui veut venger la défaite de son père en 2022 et ramener son camp au pouvoir, a rapporté La Presse.

Les sondages des derniers jours accordent à Lula quelques points d’avance pour le premier tour, mais placent les deux hommes au coude-à-coude pour le second. Le scénario rappelle le scrutin extrêmement serré de 2022.

Un électorat désenchanté

Selon Jean Daudelin, spécialiste du Brésil à l’Université Carleton, l’électorat est profondément divisé et frustré, et entend plutôt « voter contre quelqu’un que pour quelqu’un ».

Le malaise a trois sources : l’insécurité liée à des groupes criminels qui contrôlent des pans entiers du territoire, la hausse du coût de la vie et des scandales de corruption à répétition qui ont miné la crédibilité des institutions de l’État. Au Brésil, c’est la confiance même envers l’État qui est en cause.

Personne n’a les mains propres

L’affaire Banco Master, du nom d’une banque dont le dirigeant aurait détourné des milliards de dollars tout en distribuant des faveurs en haut lieu, selon La Presse, a éclaboussé des figures de droite. Flavio Bolsonaro lui-même est visé par une enquête pour blanchiment d’argent. Il n’a pas été accusé et demeure présumé innocent.

La gauche n’est pas épargnée. Des allégations embarrassantes visent la famille d’un influent juge de la Cour suprême, Alexandre de Moraes, qui a joué un rôle central dans la condamnation de Jair Bolsonaro à 27 ans de prison pour une tentative de coup d’État après l’élection de 2022.

Le politologue Fábio Kerche, de l’Université fédérale de l’État de Rio de Janeiro, estime que l’effet de ces affaires s’est émoussé. « On a l’impression que la société a été désensibilisée jusqu’à un certain point par le nombre de gens mis en cause et le volume des allégations », dit-il.

L’ombre de Washington

L’an dernier, Donald Trump avait imposé des droits de douane élevés au Brésil pour obtenir l’abandon des poursuites contre Jair Bolsonaro. La manœuvre a échoué et a permis à Lula de se poser en protecteur de la souveraineté nationale. Cette fois, le président américain s’est gardé d’annoncer de nouvelles mesures-chocs. « Je pense que les États-Unis favorisent Bolsonaro, mais il n’y a pas eu d’interférence directe jusqu’à maintenant », observe M. Kerche.

Un État aux moyens comptés

Que ferait un quatrième mandat de Lula? La campagne du candidat socialiste n’a pas été riche en idées nouvelles, selon Jean Daudelin. Le président s’était fait connaître par de généreux programmes sociaux qui ont sorti des millions de Brésiliens de la pauvreté. Mais un contexte économique moins favorable limite aujourd’hui la capacité d’intervention de l’État.

Autrement dit, les programmes sociaux se paient avec la croissance, et le contexte économique ne s’y prête plus. Lula risque aussi de se retrouver minoritaire au Congrès, élu le même jour. Il devrait alors composer avec des partis « centristes » que M. Daudelin juge plus préoccupés par l’appropriation de ressources de l’État que par le bien public.

Et si Bolsonaro l’emportait?

Fábio Kerche s’attend à ce qu’une nouvelle administration Bolsonaro « soit plus radicale » que celle du père, qui avait déjà fait une large place aux militaires et exercé une forte pression sur les médias et les tribunaux. Jean Daudelin prévoit un virage sécuritaire musclé, vu l’admiration affichée par le candidat pour le président salvadorien Nayib Bukele, ainsi qu’une relance des attaques contre la Cour suprême. Lui aussi devrait composer avec les partis centristes du Congrès, qui avaient compliqué la tâche de son père.

Lundi, les Québécois trancheront des enjeux bien différents. La leçon brésilienne mérite pourtant d’être retenue : sans croissance, même les programmes les plus généreux trouvent vite leurs limites.

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