CLSC : les partis promettent leur relance, des médecins demandent des scans plus rapides, pas du béton
La CAQ, le PLQ, QS et le PQ veulent tous faire des CLSC une porte d’entrée du réseau. Des médecins de première ligne rappellent ce qui bloque vraiment : l’équipement, l’accès aux examens et des services inégaux d’une région à l’autre.

Un scan urgent demandé depuis un CLSC peut prendre jusqu’à deux semaines. Envoyé à l’urgence pour la même condition, le patient l’obtient le jour même. Ce décalage, que décrit le Dr Philippe Melanson à Radio-Canada, dit beaucoup de ce que vivent les patients qui frappent à la porte de la première ligne, c’est-à-dire des soins courants offerts hors de l’hôpital.
À quelques jours du vote, la Coalition avenir Québec, le Parti libéral du Québec, Québec solidaire et le Parti québécois promettent tous de renforcer les CLSC et d’en faire l’une des principales portes d’entrée du réseau de la santé, rapporte Radio-Canada.
L’idée plaît aux médecins consultés. « À travers le monde, les meilleurs systèmes de santé, ceux qui performent de façon la plus efficiente possible, ce sont des systèmes qui ont investi dans leur première ligne », explique le Dr Antoine Groulx, médecin de famille à Québec et professeur titulaire à l’Université Laval. Le gouvernement sortant a d’ailleurs placé les CLSC au cœur de sa stratégie en santé présentée ce printemps, une stratégie pour laquelle le Dr Groulx a été consulté.
Pas une affaire de bâtiments
Les experts interrogés s’entendent sur un point : relancer les CLSC ne passe pas par la construction de nouveaux immeubles. C’est pourtant l’une des pistes de Québec solidaire, qui propose de porter à 400 le nombre de points de service dans la province.
« On n’est pas dans le béton », résume le Dr Groulx. Il imagine plutôt une porte d’entrée virtuelle, une sorte de 811 élargi où chacun pourrait savoir quels services sont offerts sur son territoire. Les médecins, infirmières, travailleurs sociaux et nutritionnistes pourraient travailler dans des lieux différents, mais en équipe.
Le Dr Melanson, président de l’Association des médecins de CLSC du Québec, va plus loin. Il souhaite inclure le milieu communautaire et des partenaires privés, comme les cliniques de physiothérapie et les pharmacies, dans un même réseau de quartier. « La première ligne, quand elle est efficace, entraîne une meilleure santé globale de la population et, en même temps, une diminution des coûts totaux des soins de santé », fait-il valoir.
Un CLSC n’est pas l’autre
Pour les patients, le premier problème est la loterie des services. « Il y a autant de modèles qu’il y a de CLSC », déplore le Dr Melanson, qui pratique au CLSC de Saint-Donat, dans Lanaudière. « Il y en a qui n’ont même pas de médecin. Il y en a qui n’ont même pas de soins courants. » Il réclame un même panier de services partout au Québec.
Certains soins de base ne peuvent pas non plus être offerts faute d’équipement. « De nos jours, une échographie, selon moi, c’est rendu la base », dit-il.
Mais l’enjeu numéro un, selon lui, reste l’accès aux plateaux techniques, soit les laboratoires et appareils d’imagerie. Un accès prioritaire pour les cliniciens hors hôpital aiderait à désengorger les urgences. Des projets pilotes existent déjà, et le taux de patients dirigés vers l’urgence y a « diminué grandement », affirme-t-il.
CLSC ou GMF : quelle différence?
Le CLSC, ou centre local de services communautaires, offre des soins courants, de la prévention, de la réadaptation et des activités de santé publique. Le GMF, ou groupe de médecine de famille, a une mission essentiellement médicale et ne soigne que les patients inscrits auprès de ses médecins.
Attirer les jeunes médecins
Reste à recruter. « Il nous faut du support dans notre pratique, de l’équipement, puis des locaux qui ont de l’allure. Une fois qu’on a ces trois conditions-là, les médecins vont venir », estime le Dr Melanson.
Le Dr Groulx doute que les médecins se bousculent si on leur demande simplement de se regrouper dans des bâtiments portant l’enseigne CLSC. Un modèle plus souple, croit-il, pourrait toutefois les convaincre.
Car au bout du compte, ce sont des patients souvent vulnérables qui arrivent dans le bureau du médecin avec des problèmes complexes. Sans services autour d’eux, dit le Dr Groulx, « collectivement, on échappe une partie de notre mandat ».


