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Santé

Antibiotiques et aliments sucrés : un mélange qui nuirait au microbiome intestinal, selon Nature

Une étude américaine associe la consommation de sucre pendant un traitement antibiotique à un microbiome moins diversifié. Les résultats proviennent de patients très malades, et leur portée pour le grand public reste incertaine.

3 min de lecture
Plaquette de capsules d’amoxicilline, un antibiotique. Photo d’illustration. Photo : Maksym Kozlenko / Wikimedia Commons (CC BY-SA 4.0)

Manger sucré pendant qu’on prend des antibiotiques pourrait nuire à la flore intestinale, en favorisant la multiplication de bactéries nuisibles. C’est ce que suggère une étude américaine publiée dans la revue Nature et rapportée par La Presse.

Pour bien saisir l’enjeu, rappelons ce qu’est le microbiome intestinal : l’ensemble des bactéries qui vivent dans notre intestin. On estime qu’il compte environ 4500 types de bactéries différents, qui contribuent tous au bon fonctionnement de l’organisme. Un déséquilibre peut avoir des répercussions sur la digestion, le poids, le système immunitaire et la santé mentale.

Ce que les chercheurs ont observé

L’étude a porté sur un groupe bien particulier : des patients atteints de leucémie qui recevaient une greffe allogénique de cellules hématopoïétiques, c’est-à-dire une greffe de cellules souches du sang provenant d’un donneur. Avant la greffe, ils ont été hospitalisés plusieurs semaines pour une chimiothérapie destinée à affaiblir leur système immunitaire. Chacun a pris au moins un antibiotique pour prévenir les infections.

Chez ceux qui consommaient davantage d’aliments riches en sucre pendant un traitement aux antibiotiques à large spectre, le microbiome était ensuite moins diversifié. Les chercheurs y ont aussi observé une expansion relative d’Enterococcus, une bactérie qu’ils avaient déjà associée à de moins bons résultats chez ces patients.

Les auteurs vont plus loin. Chez les patients au régime riche en sucre, la durée d’exposition aux antibiotiques à large spectre permettait de prédire le risque de mortalité. Ils précisent toutefois que cette hausse du risque « pourrait également résulter, en partie, d’une diminution de l’apport alimentaire ». Autrement dit, il s’agit d’une association, pas d’une preuve de cause à effet.

Une confirmation chez la souris

Pour tester l’hypothèse voulant que le sucre et les antibiotiques agissent de concert, les chercheurs sont passés au laboratoire. Chez la souris, ils ont pu « confirmer que le saccharose exacerbait et prolongeait la prolifération d’Enterococcus endogène induite par les antibiotiques ». Le saccharose, c’est le sucre de table.

Selon eux, ces résultats « montrent que les sucres simples présents dans l’alimentation constituent un facteur amplificateur modifiable de la perturbation du microbiome induite par les antibiotiques ». Modifiable, parce qu’on peut agir dessus en changeant son alimentation. Le rôle des fibres était déjà bien connu; celui du sucre s’y ajoute.

Une question de compétition

La professeure Manuela Santos, spécialiste du microbiome intestinal au Centre de recherche du CHUM, propose une explication simple. Les bactéries délétères, c’est-à-dire nuisibles, sont friandes de sucre, tandis que les bactéries bénéfiques préfèrent les fibres. Quand les antibiotiques ont décimé la flore, celles qui trouvent le plus à manger reprennent le terrain.

« L’équilibre [entre les deux] est essentiel, a-t-elle dit. Donc il y a une compétition pour l’espace et pour les aliments. »

Et pour le commun des mortels?

C’est ici que la prudence s’impose. La professeure Santos reconnaît que la portée de ces résultats pour le grand public, à l’approche de l’hiver et de la saison grippale, n’est pas entièrement claire. Les patients étudiés étaient très malades, recevaient des traitements agressifs et ne s’alimentaient pas tout à fait normalement.

« On ne sait pas si ça s’applique à tous les antibiotiques dans toutes les situations », souligne-t-elle. Elle ajoute néanmoins : « Mais intuitivement, je dirais que ça fait du sens quand on prend un antibiotique d’essayer de limiter l’expansion des bactéries délétères en coupant le sucre. »

Avant de changer votre alimentation pendant un traitement, surtout si vous êtes malade ou suivez une diète particulière, parlez-en à votre médecin ou à votre pharmacien. Reste à vérifier, chez des patients en meilleure santé, si l’effet observé se confirme.

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