lundi 5 octobre 2026Édition du Québec
L’information sans complaisance.
En ce moment
Logement en Espagne : renouveler les baux de force et chasser les investisseurs ne bâtira aucun appartementPhénomena, 15e édition : Gaétan Paré prend la relève de D. Kimm avec 19 jours de cabarets et de découvertesVerstappen en tête à Sepang, Stroll 14e : les pneus piègent Mercedes au Grand Prix de Bahreïn délocaliséFracturé au Mondial, Ismaël Koné court de nouveau et vise un retour complet en décembre
Santé

Tailles plus en voie de disparition : Ozempic n’explique pas tout, disent des médecins

H&M a retiré les tailles 3XL et 4XL de sa gamme en invoquant une baisse de la demande. Des spécialistes jugent que les médicaments amaigrissants n’en sont pas la cause principale.

2 min de lecture
Un magasin Old Navy en Colombie-Britannique. Photo d’illustration de 2016. Photo : GoToVan / Wikimedia Commons (CC BY 2.0)

Les médicaments contre l’obésité font-ils disparaître les grandes tailles des magasins? L’hypothèse circule, mais des médecins interrogés par La Presse en doutent fortement.

Le constat de départ est réel. Lors d’une visite dans une boutique Old Navy du centre-ville de Montréal, La Presse a trouvé peu de vêtements de grande taille, alors que la chaîne promettait en 2021 d’offrir tous ses modèles pour femmes de la taille 0 à 28. Chez H&M, la collection H&M+ a disparu, selon une employée.

Par courriel, H&M a confirmé avoir retiré les tailles 3XL et 4XL de sa gamme « car nous avons constaté une baisse de la demande pour ces tailles ». L’entreprise ne se prononce pas sur les raisons de cette baisse. Selon des données du cabinet Edited rapportées par le Guardian, ces tailles représentaient 2 % des nouvelles robes lancées en ligne par H&M entre janvier et mai 2025; elles étaient absentes de la même période en 2026.

Ce que disent les médecins

Ozempic et les médicaments semblables, de la famille des agonistes du GLP-1, sont très efficaces chez les patients qui les prennent. Mais leur effet sur les rayons des magasins est probablement surestimé, selon les spécialistes.

« J’ai quand même des doutes qu’il y ait un effet si prononcé sur les tailles », affirme le Dr Rémi Rabasa Lhoret, endocrinologue à l’Institut de recherches cliniques de Montréal et au CHUM.

La Dre Marie-Philippe Morin, spécialiste en médecine interne et en médecine bariatrique à l’Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec, parle d’un « raccourci intellectuel ». Elle rappelle que les patients perdent en moyenne 15 % de leur poids. Un patient de 300 livres en perdra donc environ 45 : sa silhouette ne lui permettra pas pour autant de porter des tailles standard.

« Ce ne sont pas des médicaments qu’il faut prendre pour l’esthétisme en visant des IMC (indices de masse corporelle) normaux. La grande majorité des patients vont demeurer quand même avec des IMC supérieurs », précise-t-elle.

Une question de prix

L’accès au médicament limite aussi son effet. Au Québec, la Régie de l’assurance maladie (RAMQ) couvre Ozempic seulement pour les patients atteints de diabète de type 2. Les autres doivent payer de 250 $ à 350 $ par mois, contre 100 $ pour des médicaments génériques, selon la Dre Morin. « Au prix que l’Ozempic coûte, ce n’est vraiment pas accessible à monsieur et madame Tout-le-Monde », souligne Édith Bernier, fondatrice de grossophobie.ca.

Une autre explication

Pour Marie-Noëlle Cano, spécialiste de l’expérience client, le recul s’expliquerait plutôt par des marques qui ne veulent pas associer leur image à une clientèle en surpoids. « Il y a quelque chose qui ne marche pas dans la chaîne », dit-elle.

D’autres détaillants voient au contraire une occasion d’affaires. Chez Womance, qui vend en ligne et en magasin, 50 % de l’assortiment est offert en grandes tailles, et la propriétaire, Andréanne Marquis, souhaite atteindre 75 %.

Ce qu’il faut retenir

Ce qui est établi : certains grands détaillants ont réduit leur offre de grandes tailles, et H&M l’attribue à une baisse de la demande. Ce qui ne l’est pas : le rôle d’Ozempic, que les médecins cités jugent limité, faute de données pour le démontrer.

Infolettre gratuite

Le Briefing

L’essentiel de l’actualité québécoise, sans complaisance. Chaque matin à 6 h, lu en 5 minutes.

Désabonnement en un clic. Aucun partage de votre adresse.

À lire aussi