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Économie

Riposte tarifaire d’Ottawa : la Banque du Canada chiffre la facture à 0,66 % d’inflation de plus

Des droits de douane de 25 % sur les produits américains font grimper l’indice des prix à la consommation de 0,66 %, calculent les chercheurs de la banque centrale. Ce sont les consommateurs canadiens qui paient.

2 min de lecture
Le siège de la Banque du Canada, rue Wellington, à Ottawa (photo de 2015). Photo : shankar s. / Wikimedia Commons (CC BY 2.0)

Les contre-mesures d’Ottawa ont un prix, et il apparaît sur le reçu d’épicerie. Selon une étude de la Banque du Canada rapportée par La Presse, un droit de douane de 25 % sur les importations américaines fait augmenter l’inflation globale de 0,66 %.

L’inflation globale correspond à la hausse moyenne des prix d’un panier de biens et de services, mesurée par l’indice des prix à la consommation (IPC). Au Canada, elle atteignait 3 % en août 2026.

Le contexte est connu. Le 28 août, Washington a frappé de nombreux produits canadiens de droits supplémentaires de 50 %. Depuis le 8 septembre, le gouvernement canadien réplique avec des droits variant entre 15 % et 50 % sur des produits fabriqués aux États-Unis.

Une taxe payée ici

Un droit de douane est une taxe perçue à la frontière. L’importateur canadien la verse au fisc canadien, puis la refile, en tout ou en partie, à ses clients. C’est précisément ce mécanisme que les chercheurs de la banque centrale ont voulu mesurer.

Leur constat : la hausse des prix est réelle, mais moins forte que si toute la taxe était transmise directement aux consommateurs. Deux raisons l’expliquent.

La première est l’effet de substitution. Les acheteurs se tournent vers des produits fabriqués au Canada ou dans d’autres pays. Pour des droits de 25 %, cet effet retranche 0,47 point de pourcentage à l’impact sur les prix.

La seconde vient des entreprises. Une entreprise qui paie plus cher ses intrants américains, c’est-à-dire les pièces et matières premières qu’elle utilise, peut choisir d’absorber une partie de la hausse en réduisant sa marge de profit afin de garder ses clients. Cet effort retranche 0,26 point de pourcentage supplémentaire.

Autrement dit, la note est partagée entre les ménages, qui paient plus cher, et les entreprises, qui gagnent moins. Personne n’y échappe vraiment.

Le même phénomène au sud

Les chercheurs mettent aussi en garde contre une lecture trop mécanique : plus les droits sont élevés, plus on risque de surestimer leur effet sur l’inflation, parce que les consommateurs changent davantage leurs habitudes.

Aux États-Unis, les droits imposés par l’administration Trump produisent le même effet. Le Budget Lab de l’Université Yale estime qu’ils ajoutent 0,7 % à l’inflation américaine, soit 1100 $ US de coûts supplémentaires par année pour chaque ménage, selon La Presse. L’inflation y atteignait 3,4 % en août 2026.

La Réserve fédérale de St. Louis avait calculé en février 2026 que les droits de douane étaient le principal moteur de la hausse des prix américains. Ils ont depuis été supplantés par l’énergie, dont les prix ont bondi avec la guerre en Iran.

La leçon vaut des deux côtés de la frontière. Une guerre commerciale se finance par les consommateurs du pays qui impose les droits. Ottawa riposte au nom des travailleurs canadiens, mais l’étude de sa propre banque centrale rappelle que la riposte coûte aussi à ceux qu’elle veut protéger.

À surveiller

L’évolution des prix est au cœur du mandat de la Banque du Canada, chargée d’assurer la stabilité des prix. Aux États-Unis, la Réserve fédérale a déjà relevé son taux directeur de 25 points de base, sa première hausse en trois ans, ce qui porte la fourchette cible à 3,75 % -4 %.

La prochaine publication de l’IPC canadien, pour le mois de septembre, dira si les contre-mesures d’Ottawa commencent à se voir dans les chiffres, et si la banque centrale aura de nouveaux motifs de s’inquiéter.

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