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Économie

Spectra Premium de nouveau insolvable : 7,1 millions prêtés par Investissement Québec en jeu

Le fabricant de pièces automobiles de Boucherville se place une deuxième fois à l’abri de ses créanciers. Investissement Québec, qui lui avait prêté 7 millions en 2021, pourrait perdre de l’argent.

3 min de lecture
Pièces automobiles de remplacement sur les tablettes d’un magasin. Photo d’illustration. Photo : Visitor7 / Wikimedia Commons (CC BY-SA 3.0)

Combien vaut un prêt public consenti à une entreprise déjà fragile? Les contribuables québécois risquent de le découvrir avec Spectra Premium. Au 31 août, le fabricant de pièces automobiles de Boucherville devait 7,1 millions, intérêts compris, à Investissement Québec (IQ), le bras financier de l’État, selon La Presse. Or, l’entreprise vient de se placer à l’abri de ses créanciers pour la deuxième fois depuis 2020.

Spectra Premium s’est tournée vers la Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies (LACC). Cette loi fédérale permet à une entreprise en difficulté de poursuivre ses activités pendant qu’elle se restructure, sans que ses créanciers puissent saisir ses actifs. Le contrôleur nommé par la Cour supérieure, la firme EY, cherche un acheteur et espère le trouver d’ici le 10 décembre.

Une dette de 103 millions US

Les chiffres du rapport d’EY, rapportés par La Presse, sont lourds. Au 31 août, les créances de l’entreprise atteignaient 103 millions US. Spectra Premium a perdu 21 millions en 2025 et affichait une perte nette de 2,5 millions US après les huit premiers mois de 2026.

IQ avait prêté 7 millions en 2021, au moment où la firme américaine Turnspire Capital Partners rachetait l’entreprise. Cinq ans plus tard, ce prêt dépend de l’issue d’un processus de vente dont personne ne connaît encore le résultat. Les sources consultées ne précisent pas quelle part de la somme IQ pourrait récupérer.

Les tarifs, mais pas seulement

L’usine de la Rive-Sud fabrique surtout des pièces de remplacement, comme des réservoirs à essence, des radiateurs et des pompes à essence. Ces ventes représentent près de 60 % des revenus. Le reste vient des constructeurs automobiles.

Les droits de douane de l’administration Trump ont aggravé la situation. « Depuis 2025, la hausse marquée des droits de douane américains sur les produits chinois et canadiens a augmenté les coûts et réduit les ventes aux États-Unis », écrit EY dans son rapport initial.

Le problème est toutefois plus ancien. Selon le contrôleur, l’entreprise souffrait déjà de la concurrence de produits importés de pays où les coûts sont plus bas et de la perte de contrats avec des constructeurs. Lors du premier mandat de Donald Trump, les surtaxes américaines de 25 % sur les produits chinois avaient déjà frappé l’entreprise, qui comptait alors 1300 employés. Il en reste aujourd’hui 300, dont 297 à Boucherville.

Ces derniers mois, la direction a fermé des centres de distribution à Sainte-Foy, à Winnipeg et à Burnaby et réduit son personnel. Rien n’y a fait. « Malgré cela, les liquidités de l’entreprise ont continué à se détériorer, ce qui a incité des fournisseurs à suspendre leurs expéditions en attendant le paiement des sommes en souffrance », note EY.

La question du risque

Personne ne conteste que les tarifs américains ont fait mal. Mais le dossier pose une question plus large sur le rôle d’IQ. Quand l’État prête à une entreprise qui a déjà connu une première restructuration, qui évalue le risque, et qui l’assume si les choses tournent mal? Dans ce cas-ci, la réponse est simple : si le repreneur ne rembourse pas tout, la différence sortira du portefeuille collectif.

Les 297 emplois de Boucherville comptent, et un acheteur solide serait la meilleure nouvelle pour tout le monde, y compris pour les contribuables. EY espère recevoir les premières manifestations d’intérêt avant la fin du mois.

Reste à savoir combien de prêts semblables dorment dans le portefeuille d’Investissement Québec, et qui, à Québec, rendra des comptes le jour où ils ne seront pas remboursés.

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