Inflation tenace et dollar américain délaissé : ce que le livre d’André Dubuc dit à l’épargnant
Dans un ouvrage paru le 30 septembre, le journaliste de La Presse soutient que plusieurs forces, des droits de douane aux déficits publics, gardent l’inflation et les taux d’intérêt élevés. Un contexte difficile pour les portefeuilles d’actions et d’obligations.

Vous avez un REER, un CELI ou quelques placements, et vous espérez un retour rapide à une inflation basse et à des taux d’intérêt faibles? Le journaliste André Dubuc vous invite, en substance, à ne pas trop y compter.
Son nouvel ouvrage, consacré à la gestion des épargnes au moment où les politiques de Donald Trump bouleversent l’économie mondiale, est paru le 30 septembre. La Presse en a publié samedi un extrait sur l’inflation et ses effets sur les placements.
La fin d’une époque
L’auteur part de la « grande modération », cette longue période de ralentissement de l’inflation, de 1980 à 2020, qui a nourri la baisse des taux d’intérêt. Selon lui, il ne reste pas grand-chose des forces qui l’ont rendue possible.
Il passe en revue le nouveau contexte et classe chaque élément parmi les forces inflationnistes, c’est-à-dire qui poussent les prix à la hausse :
- les tensions avec la Chine et la guerre commerciale à coups de droits de douane;
- la démondialisation et le protectionnisme, qui affaiblissent la concurrence et la productivité;
- le vieillissement de la population, qui entraîne des pénuries de main-d’œuvre et des hausses de salaire;
- les déficits à répétition des gouvernements;
- le prix de l’énergie.
Sur les déficits, il rappelle la thèse de l’économiste John Maynard Keynes : un déficit pour relancer l’économie en récession, un excédent pour la calmer quand elle surchauffe. Or, le dernier surplus budgétaire remonte à 2001 aux États-Unis et à 2008 au Canada. « Rien à ajouter », tranche-t-il.
Sur l’énergie, il estime que la réticence de plusieurs pays à exploiter de nouvelles sources d’énergies fossiles mène à une transition énergétique coûteuse, à laquelle s’ajoute la demande des centres de données de l’intelligence artificielle. Il conclut que « l’énergie n’a pas fini de coûter cher aux consommateurs ».
Le dollar américain moins prisé
L’auteur décrit aussi une dédollarisation de l’économie mondiale, c’est-à-dire un recul graduel du rôle du dollar américain. Le billet vert reste dominant : il intervient dans près de 90 % des opérations sur le marché des changes. Mais la Chine et la Russie achètent maintenant du pétrole en yuans, et ces « pétro-yuans » représenteraient de 5 à 7 % des règlements pétroliers dans le monde, selon plusieurs sources citées.
Surtout, la part du dollar américain dans les réserves officielles des banques centrales est passée de 71,5 % en 2001 à 58 % en 2024. Celle de l’or a bondi de moins de 10 % en 2015 à plus de 23 % aujourd’hui, en partie grâce à la hausse de son prix.
Moins de demande pour le dollar, explique-t-il, c’est aussi moins de demande pour les obligations américaines. Pour attirer les investisseurs réticents, il faut alors offrir des taux d’intérêt plus élevés.
Ce que ça change pour votre portefeuille
L’inflation américaine reste au-dessus de la cible de 2 % de la Réserve fédérale depuis cinq ans, rappelle l’auteur. Or, des taux d’intérêt qui refusent de baisser, c’est dur pour les actions comme pour les obligations.
Son exemple : en 2022, la Fed a fait passer son taux d’une fourchette de 0-0,25 % à 4,25-4,50 % en 12 mois. Le rendement total du S&P 500 a alors été de -23 %, et le panier d’obligations 10 ans du gouvernement américain a perdu 20 % de sa valeur. Les anciennes obligations perdent de la valeur parce qu’elles rapportent moins que les nouvelles.
Que faire?
L’extrait publié ne contient pas de recommandation de placement. Il propose plutôt une grille de lecture, résumée par un dicton : quand l’argent est bon marché, les actifs sont chers; quand l’argent est cher, les actifs deviennent abordables.
Avant de modifier vos placements à la lumière de cette analyse, prenez rendez-vous avec un conseiller ou un planificateur financier, qui tiendra compte de votre situation, de votre horizon de placement et de votre tolérance au risque.


