Fonds d’urgence : laisser dormir son coussin dans un compte sans intérêt a un coût bien réel
Un fonds d’urgence doit rester sûr et accessible, mais un compte qui ne rapporte rien laisse filer des centaines de dollars par année. Voici comment s’y retrouver.

Vous avez réussi à mettre de côté quelques mois de dépenses pour faire face à un coup dur, comme une perte d’emploi. C’est déjà beaucoup. Reste une question qu’on se pose rarement : où dort cet argent, et combien vous rapporte-t-il?
La règle généralement proposée consiste à accumuler l’équivalent de trois à six mois de dépenses courantes. Pour un ménage qui dépense 5000 $ par mois, l’objectif se situe donc entre 15 000 $ et 30 000 $. Ce n’est pas une petite somme à laisser sans rendement.
Ce que recommande l’agence fédérale
L’ACFC, l’agence fédérale chargée de la consommation en matière financière, suggère de garder ce coussin à l’écart du compte qui sert aux dépenses de tous les jours. Elle conseille un compte qui verse des intérêts, qui comporte peu de frais ou aucun, et dont on peut retirer l’argent vite, sans pénalité.
Le rendement a donc sa place, mais il passe après la sécurité et l’accès aux fonds. Plusieurs épargnants visent tout de même au moins l’inflation, pour que leur réserve ne perde pas de valeur d’une année à l’autre.
Le coût d’un compte qui dort
Youcef Ghellache, président fondateur d’Educfinance, constate que bien des gens trouvent dommage de laisser 10 000 $ ou 20 000 $ dans un compte d’épargne. « Beaucoup d'institutions financières vont offrir des taux d'intérêt de 0,5 % ou 1 %. Souvent, ça ne couvre même pas l'inflation », explique-t-il à Radio-Canada.
Prenons un fonds de 15 000 $. À un taux annuel de 3 %, il génère 450 $ d’intérêts sur douze mois, avant impôt. Si le compte ne verse rien, ces 450 $ restent sur la table, tout comme les intérêts composés des années suivantes, c’est-à-dire les intérêts gagnés sur les intérêts.
D’autres produits, d’autres risques
Pour obtenir un rendement qui suit au moins l’inflation, le choix dépend de la tolérance au risque de chacun. Une condition ne se discute pas : pouvoir récupérer son argent rapidement. M. Ghellache évoque des produits qu’on peut acheter et vendre chaque jour : les fonds négociés en bourse (FNB), des paniers de placements qui s’échangent comme des actions, les fonds communs de placement ou les fonds du marché monétaire.
Ils ne se valent pas sur le plan du risque. Les fonds du marché monétaire sont en général très peu risqués, mais rapportent moins. Les fonds d’actions ont un meilleur potentiel de croissance, mais peuvent aussi subir de lourdes pertes. Et contrairement aux dépôts bancaires admissibles, le capital placé dans ces fonds n’est pas garanti.
Même un investisseur à l’aise avec le risque devrait limiter la part d’actions dans son fonds d’urgence, selon M. Ghellache, pour ne pas devoir puiser dans des placements en baisse au mauvais moment.
Que faire?
Avant de choisir un produit, posez-vous deux questions :
- Si j’ai besoin de cet argent cette semaine, pourrai-je le récupérer vite et sans pénalité?
- Pourrais-je être forcé de céder mes placements à perte lors d’un imprévu?
Le compte d’épargne libre d’impôt (CELI) peut aider à faire fructifier ce coussin à l’abri de l’impôt, à condition de respecter les plafonds de cotisation annuels. Le REER, lui, convient mal à ce rôle : chaque retrait s’ajoute au revenu imposable, et de l’impôt est habituellement retenu au moment de le faire. Il est d’abord conçu pour la retraite.
Vous partez de zéro? Commencez petit. Dix dollars par semaine donnent 520 $ en un an. « Ne focalisez donc pas sur le montant, mais sur votre habitude à épargner à long terme », rappelle l’autrice Tayssa Waldron dans Le déclic du fric. Programmer des virements automatiques aide à tenir le cap.
Certains ménages n’ont tout simplement pas la marge pour épargner. Pour les autres, quelques centaines de dollars de côté suffisent parfois à éviter d’emprunter dès la première dépense imprévue, et à garder le contrôle de ses finances.
Cette semaine, vérifiez le taux que vous verse le compte où dort votre fonds d’urgence. Pour le choix des placements eux-mêmes, un conseiller financier pourra tenir compte de votre situation.


