dimanche 11 octobre 2026Édition du Québec
L’information sans complaisance.
Dollar canadien 0,7007 $ US▼En euros 0,6259 €▼Taux directeur É.-U. 3,75 à 4,00 %Obligations É.-U. 5 ans 5,02 %▲Obligations É.-U. 10 ans 5,24 %▲ Sources : Banque du Canada, Fed de New York, Trésor américain (9 oct.)
En ce moment
Front commun 2.0 : les syndicats s’organisent déjà, Québec doit savoir ce qu’il peut payerAide médicale à mourir : Philippe Couillard doute qu’il voterait de nouveau pour la loiRéférendum en Alberta : des Québécois d’origine se retrouvent dans les deux campsRoute de l’Arctique : Séoul dit avoir gagné 10 jours sur Suez avec un porte-conteneurs
Santé

Aide médicale à mourir : Philippe Couillard doute qu’il voterait de nouveau pour la loi

L’ancien premier ministre, qui a fait adopter la loi québécoise, s’inquiète de l’élargissement de l’accès. Le Québec affiche le taux de recours le plus élevé au monde.

2 min de lecture
Un corridor d’hôpital. Photo d’illustration. Photo : Zakir Rushanly / Pexels (licence Pexels)

Des patients qui souffraient terriblement : c’est le souvenir qui a poussé Philippe Couillard, ancien neurochirurgien, à faire adopter la loi québécoise sur l’aide médicale à mourir (AMM). Aujourd’hui, l’ancien premier ministre n’est plus certain que cette loi devrait aller aussi loin qu’elle le fait.

« Je ne suis pas sûr que je voterais à nouveau pour cette loi compte tenu de l’élargissement que nous avons constaté ces dernières années », a-t-il déclaré à l’émission The House, de CBC, lors d’une rare apparition dans les médias, selon Radio-Canada.

Une porte qui s’ouvre

Au départ, rappelle-t-il, l’AMM était nettement réservée aux personnes atteintes d’une maladie en phase terminale ou préterminale, dont l’issue était fatale et inévitable. « Ce n’est plus le cas aujourd’hui », constate-t-il.

Depuis 2024, le Québec autorise les demandes anticipées. Une personne atteinte d’alzheimer, par exemple, peut formuler sa demande avant que la maladie la rende incapable d’y consentir.

Des opposants l’avaient mis en garde lorsqu’il était premier ministre, raconte M. Couillard : une fois la porte ouverte, elle ne se refermerait pas, et elle s’ouvrirait encore davantage. « Et c'est ce qui s'est passé. J'espère que nous n'avons pas agi trop vite. »

Le Québec en tête

Nulle part ailleurs dans le monde on ne recourt autant à l’AMM qu’au Québec. En 2024-2025, la Commission sur les soins de fin de vie lui attribue 7,9 % des décès survenus au Québec. Les taux sont plus bas ailleurs : 5,8 % aux Pays-Bas, 3,8 % en Belgique et 2,5 % en Suisse.

Le projet de loi avait d’abord été déposé par le Parti québécois, avant d’obtenir l’appui de plusieurs partis sous le gouvernement libéral de M. Couillard. Celui-ci considère encore son adoption comme l’un des plus beaux moments démocratiques de son mandat. Et il se souvient pourquoi : « Je pense à des patients précis que j'ai connus au cours de ma carrière médicale et qui souffraient tellement. »

Ottawa recule sur la maladie mentale

Le débat se poursuit aussi au fédéral. Adoptée en 2016, la loi canadienne exigeait que la mort soit raisonnablement prévisible. En 2019, la Cour supérieure du Québec l’a invalidée. Ottawa a ensuite modifié sa loi pour y inclure les personnes aux prises avec une maladie grave et incurable, ou un handicap, qui leur cause des souffrances intolérables, même si leur décès n’est pas raisonnablement prévisible.

Cette semaine, le gouvernement fédéral a toutefois annoncé qu’il renonçait à étendre l’AMM aux personnes dont le seul diagnostic est un trouble mental. Sean Fraser, qui dirige le ministère de la Justice, a précisé que la prochaine loi permettra le consentement préalable dans les provinces qui l’autorisent.

« Il y a beaucoup de dissensions dans les différents groupes d’experts et de politiciens qui se sont penchés sur le sujet », observe Isabelle Marcoux, professeure et codirectrice d’un consortium de recherche sur l’AMM, au micro d’ICI Première. Elle s’attend à ce que les tribunaux tranchent la question.

Son consortium cherche à comprendre ce qui place le Québec au premier rang mondial. Parmi les pistes étudiées : le profil de la population, l’accès plus ou moins aisé au service, le degré d’acceptation dans la société et le traitement médiatique du sujet.

Les réponses des chercheurs alimenteront un débat que les élus, et sans doute les juges, devront encore trancher. Derrière les pourcentages, il y a toujours ce dont parlait Philippe Couillard : des patients, et leur souffrance.

Infolettre gratuite

Le Briefing

L’essentiel de l’actualité québécoise, sans complaisance. Chaque matin à 6 h 30, lu en 5 minutes.

Désabonnement en un clic. Aucun partage de votre adresse.

À lire aussi