Pneus d’hiver : cinq questions à se poser avant de passer à la caisse, d’après deux experts
Type de routes, type de voiture, budget, quatre-saisons ou pneus usagés : un expert de CAA Québec et un marchand de pneus expliquent comment éviter les fausses économies.

Le froid s’en vient, et avec lui deux rituels bien québécois : sortir la pelle et prendre rendez-vous pour faire changer ses pneus. Pour les ménages qui comptent sur leur voiture tous les jours, l’achat d’un nouveau train de pneus est une dépense qu’on veut faire une fois, et bien.
La Presse a demandé conseil à Jesse Caron, expert automobile chez CAA Québec, et à Frédéric Gagné, propriétaire d’Alex Pneu et Mécanique. Leurs réponses tiennent en cinq questions, et aucune ne porte seulement sur le prix (ce serait trop facile).
Où roulez-vous le plus souvent?
Avant de regarder les prix, Jesse Caron conseille de regarder la route. Les conditions dans lesquelles on conduit d’habitude, et la météo qu’on y rencontre, pèsent lourd dans le choix.
En ville, l’hiver rime souvent avec glace noire et arrêts à répétition. Une bonne adhérence sur la glace devient alors indispensable. À la campagne, le portrait change : « si on parcourt souvent des chaussées enneigées qui ne sont pas tout le temps bien dégagées, comme à la campagne », des pneus à crampons peuvent valoir la peine, estime l’expert.
Quant aux pneus cloutés, ils excellent sur les surfaces glacées. Leur talon d’Achille est urbain : la plupart des stationnements intérieurs n’en veulent pas.
Quelle voiture conduisez-vous?
Le véhicule compte autant que la route. « Plus un véhicule est spécialisé dans sa vocation, moins on risque de parcourir de longues distances avant que les pneus ne montrent des signes d’usure », résume Jesse Caron.
Il donne deux exemples : les voitures sportives, chaussées d’une gomme tendre qui colle à la chaussée, et les véhicules électriques, alourdis par leur batterie. Des pneus mal assortis à l’usage qu’on fait de son auto risquent de s’user avant leur heure.
Et si vous appréciez le silence de votre habitacle ou la tenue de route de votre voiture, ne gâchez pas tout au moment de remplacer les pneus. « Il ne faut pas aller gaspiller ça en achetant des pneus bas de gamme qui vont être bruyants ou qui ne conviendront pas au type de suspension du véhicule », prévient l’expert.
Combien êtes-vous prêt à payer?
Pour Frédéric Gagné, un pneu est toujours un compromis. « Des pneus bas de gamme peuvent être très bons neufs, mais ils vont s’user vite à partir de leur milieu de vie, contrairement aux pneus haut de gamme qui vont être performants jusqu’en fin de vie », explique le commerçant.
Tout dépend donc du kilométrage. Un automobiliste qui roule peu pourrait tirer cinq bonnes années d’un pneu plus modeste, même si celui-ci s’use plus vite, selon lui.
Payer plus cher n’achète pas non plus la perfection sur toute la ligne. Certains modèles haut de gamme, dit-il, freinent moins bien, mais se distinguent plutôt par leur longévité ou leur tenue de route. Autrement dit, il faut savoir ce qu’on paie, et pourquoi.
Quatre-saisons, ou deux trains de pneus?
C’est ici que la fausse économie guette. Les pneus quatre-saisons homologués pour l’hiver satisfont à la norme de traction dans la neige profonde, explique Jesse Caron, mais cette norme n’impose rien quant à l’adhérence ou au freinage sur la glace.
Leur gomme, plus dure que celle d’un pneu d’hiver afin de résister à la chaleur de l’été, accroche moins bien sur une chaussée glissante. Et l’été venu, ils s’usent plus rapidement. « Quand on considère qu’ils vont s’user plus vite, qu’ils n’offriront pas de performance optimale ni dans une saison ni dans l’autre, ça devient un peu une fausse économie », tranche l’expert.
Il y a des exceptions : le quatre-saisons peut convenir à ceux qui ne prennent presque pas le volant l’hiver, ou à ceux qui filent en Floride pour plusieurs mois pendant la saison froide.
Et les pneus usagés?
Acheter usagé peut faire économiser, et même simplifier les choses si on achète déjà une voiture d’occasion. Mais la prudence s’impose, avertit Jesse Caron. « Il ne nous parle pas, le pneu, alors on ne saura pas s’il a roulé dans plusieurs nids-de-poule et si la structure s’est déformée à cause de ça, ou si l’usure est égale d’un côté à l’autre. »
Deux vérifications sont de mise : mesurer l’usure avec une jauge de profondeur de la bande de roulement, la partie du pneu qui touche la route, et lire la date de fabrication, qui ne devrait pas remonter à plus de six ans. Pour le reste, l’expert recommande de bien s’informer ou de se faire accompagner par une personne qualifiée.
Le pneu ne parle pas, donc. Raison de plus pour lui poser les bonnes questions avant de sortir la carte de crédit.


