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Opinion
Chroniqueur anonyme

Front commun 2.0 : les syndicats s’organisent déjà, Québec doit savoir ce qu’il peut payer

Un an avant le dépôt des demandes syndicales, les grandes centrales songent à refaire bloc. Le nouveau gouvernement péquiste a intérêt à préparer ses chiffres avant qu’on lui présente la facture.

3 min de lecture
Le calcul des factures. Photo d’illustration. Photo : Kaboompics / Pexels (licence Pexels)

Cher contribuable, votre prochaine facture est en préparation. Elle n’a pas encore de montant. Mais ceux qui vont la rédiger ont déjà commencé à se réunir.

Les centrales syndicales du secteur public consultent leurs membres pour savoir s’ils veulent refaire un front commun lors de la prochaine négociation des conventions collectives, rapporte La Presse. Les membres de la CSQ donneront leur avis d’ici la mi-novembre. Une décision commune pourrait venir à l’hiver. Les syndicats remettront leurs demandes au Conseil du trésor en octobre de l’an prochain.

Un an d’avance. On aimerait voir la même discipline chez ceux qui paient.

Une formule gagnante, mais pour qui?

Le président de la CSQ, Éric Gingras, attend de voir « si les planètes s’alignent pour un front commun ». À la FTQ, Magali Picard est plus directe : « Je crois qu’on ne change pas une formule gagnante. »

Gagnante pour qui, au juste? La dernière fois, la CSN, la CSQ, la FTQ et l’APTS ont négocié ensemble les conventions 2023-2028. L’entente de principe est tombée en décembre 2023, quelque part entre Noël et le Nouvel An. Mme Picard assure que la satisfaction de ses membres a été « reconnue très grande ».

Tant mieux pour eux. Un syndicat existe pour défendre ses membres, et personne ne lui reprochera de bien faire son travail. Mais dans tout ce reportage, une voix manque : celle des gens qui financent ces conventions. La vôtre.

Quatre voix, un seul payeur

Un front commun, c’est plusieurs organisations qui parlent d’une seule voix devant un seul employeur, l’État, qui puise dans un seul portefeuille, le vôtre. Comme rapport de force, c’est redoutable. Comme méthode pour obtenir le meilleur service au meilleur coût, permettez-moi d’en douter.

À la CSN, François Enault confirme que les trois centrales veulent faire équipe, et que l’APTS souhaite en être « ce coup-ci ». Le président de l’APTS, Robert Comeau, parle de bâtir des alliances « les plus fortes possibles ». Le mot clé est lâché : la force. On cherche en vain, dans leurs propos, les mots efficacité ou capacité de payer.

La centralisation, ce faux ami

Il y a plus intéressant encore. Depuis la négociation de 2023, le régime a changé : des enjeux locaux, autrefois réglés avec les centres de services scolaires, se négocient maintenant à des tables sectorielles nationales. Éric Gingras craint que la négociation s’en trouve prolongée.

Pour une fois, je partage son diagnostic. Chaque fois qu’on remonte une décision vers Québec, la machine s’alourdit. L’organisation du travail dans une école ou un hôpital se règle mieux près du terrain qu’autour d’une grande table dans la capitale.

Le nouveau gouvernement du Parti québécois a promis plus de décentralisation dans la santé, l’éducation et les autres services publics. L’APTS dit attendre sa position. Nous aussi.

Ce que Québec devrait faire dès maintenant

Les syndicats préparent leur stratégie un an d’avance. Le Conseil du trésor devrait en faire autant. D’abord, chiffrer publiquement ce que coûterait chaque point de pourcentage d’augmentation, avant que les demandes soient sur la table. Ensuite, lier toute hausse à des gains mesurables pour les citoyens : des délais plus courts, des classes mieux servies. Enfin, tenir parole sur la décentralisation, pour que les horaires et l’organisation du travail se négocient là où ils s’appliquent.

Ce n’est pas de l’hostilité envers les employés de l’État. C’est du respect pour ceux qui les paient.

Les centrales ont un an pour se préparer. Vous avez votre dernier avis de cotisation. Relisez-le avant l’hiver : c’est là que la prochaine convention collective finira par atterrir.

Les textes d’opinion n’engagent que leurs auteurs.

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