Route de l’Arctique : Séoul dit avoir gagné 10 jours sur Suez avec un porte-conteneurs
Le PanStar Acro a bouclé un aller-retour vers l’Europe par la Route maritime du Nord, le long des côtes russes. Un raccourci tentant pour le commerce, mais qui expose les armateurs à des risques de sanctions.

Quand l’autoroute habituelle est congestionnée, on finit toujours par regarder le petit rang de campagne, même s’il est mal déneigé. C’est un peu ce que vient de faire la Corée du Sud avec le PanStar Acro, un porte-conteneurs revenu à Busan après un aller-retour vers l’Europe par l’Arctique.
Le navire avait quitté ce port du sud-est du pays le 22 août pour un voyage d’essai. Il a accosté au quai de Jaseongdae, a fait savoir à l’Agence France-Presse le ministère sud-coréen des Océans et des Pêches, par voie de communiqué.
Un trajet plus court
Le bateau a emprunté la Route maritime du Nord, qui longe la côte septentrionale de la Russie. Il a ensuite fait escale à Felixstowe, au Royaume-Uni, à Rotterdam, aux Pays-Bas, et à Gdansk, en Pologne, avant de rentrer par le même chemin.
L’objectif : vérifier si ce corridor, de plus en plus praticable à mesure que la banquise recule, peut tenir la route sur le plan commercial. Le président Lee Jae Myung a affirmé sur le réseau X que l’aller avait pris 10 jours de moins que par l’itinéraire classique du canal de Suez.
« Il nous a également permis d'acquérir une précieuse expérience de l'exploitation d'un porte-conteneurs sud-coréen dans des eaux polaires et de collecter des données de navigation », a-t-il ajouté.
Pour un armateur, dix jours de moins en mer, ce n’est pas rien. Reste à savoir si ce gain de temps compense les contraintes d’un tel trajet.
Pourquoi chercher ailleurs
Le contexte pousse le commerce maritime à explorer de nouveaux itinéraires. Le conflit au Moyen-Orient, déclenché en février par des frappes américaines et israéliennes contre l’Iran, a bouleversé le transport par bateau à l’échelle mondiale.
Depuis, Téhéran revendique l’autorité sur le détroit d’Ormuz. Avant la guerre, le cinquième des hydrocarbures de la planète transitait par ce passage. Plusieurs pays et compagnies maritimes se sont donc mis à chercher d’autres voies, a rapporté Radio-Canada.
Le prix du raccourci
Le chemin du Nord comporte toutefois ses propres risques. Comme il borde la Russie, les armateurs qui l’empruntent pourraient s’exposer à des sanctions internationales, une menace juridique et commerciale qui pèse dans le calcul.
Des organisations environnementales craignent par ailleurs qu’une hausse du trafic accélère la fonte de la glace et fragilise davantage l’écosystème arctique.
Pour le commerce mondial, la question se résume à une addition : un trajet plus court vaut-il le risque de sanctions et les contraintes des eaux polaires? Le voyage d’essai a fourni des données. La réponse viendra des armateurs, qui décideront avec leur portefeuille si ce rang du Nord mérite d’être emprunté de nouveau.


