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Dette de l’IA : 500 milliards empruntés en neuf mois, et le taux américain à 10 ans au sommet depuis 2002

Les géants technologiques financent leurs centres de données par des emprunts massifs. Les investisseurs exigent des rendements plus élevés, ce qui pousse les taux à la hausse et ravive la crainte d’une correction.

2 min de lecture
Baies de serveurs dans un centre de données. Photo d’illustration. Photo : Arzhel Younsi / Wikimedia Commons (CC BY-SA 4.0)

Le secteur de l’intelligence artificielle (IA) a emprunté environ 500 milliards de dollars sur les marchés obligataires depuis janvier, contre presque rien en 2024, rapporte La Presse d’après l’AFP.

Cet argent sert à financer les puces, les serveurs et les centres de données. Les liquidités de Google, Meta, Amazon ou Microsoft ne suffisent plus à la tâche.

Goldman Sachs prévoit une accélération en 2027, jusqu’à 1200 milliards de dollars.

Un quart des obligations privées

La société de conseil Post Oak évalue à 25 % la part de l’IA dans les émissions obligataires des entreprises. Il y a deux ans, elle était de 4 %.

« En termes de croissance, c’est quelque chose qu’on n’a jamais vu », affirme Chris Della Fave, de Post Oak.

Cette année, ajustés de l’inflation, les emprunts du secteur devraient dépasser ceux des câblodistributeurs américains lors de l’essor d’internet, et ceux des compagnies ferroviaires au temps de l’expansion du rail.

Le prix de l’argent

Le marché absorbe ces volumes, mais à un coût. Meta a dû offrir plus de 7 % par an. Des spécialistes de l’infonuagique, c’est-à-dire de l’hébergement de données à distance, ont dépassé 9 %.

La logique est celle de l’offre et de la demande. Plus d’obligations sur le marché, plus de rendement exigé par les acheteurs.

L’effet déborde sur la dette publique américaine. « Quelqu’un qui aurait acheté un bon du Trésor peut décider d’acheter (de la dette de) Microsoft », illustre Mark Malek, responsable de l’investissement chez Siebert Financial.

Le taux des obligations du gouvernement américain à 10 ans, la référence de Wall Street, tourne autour de 5,30 %. C’est son plus haut niveau depuis 2002. L’inflation, alimentée par la guerre contre l’Iran et le prix de l’énergie, pousse dans le même sens.

Les fonds spéculatifs détenaient fin 2025 environ 7 % des bons du Trésor en circulation. Ils peuvent déplacer leurs placements plus vite que les assureurs ou les caisses de retraite.

Même en cas de fin de la guerre et de recul du pétrole, M. Della Fave ne prévoit pas de baisse spectaculaire des rendements, en raison de la dette de l’IA.

Oracle sous surveillance

Le risque ne se limite pas aux taux. Un ralentissement des chantiers, des retards ou des revenus insuffisants pourraient provoquer un « ajustement massif » de la valeur des obligations et des actions, prévient M. Malek.

La Banque d’Angleterre a signalé fin septembre un risque de correction plus marqué qu’en juillet. Ce mois-là, l’indice NASDAQ, riche en valeurs technologiques, avait perdu près de 7 %.

Oracle sert d’indicateur avancé. L’entreprise de Larry Ellison porte une dette de 125 milliards de dollars, voit sa trésorerie fondre chaque trimestre et fait face à un possible retard sur un projet de centre de données au Nouveau-Mexique.

Un défaut de paiement d’Oracle pourrait provoquer un effet de contagion à l’ensemble de la dette liée à l’IA, selon M. Malek.

Une nuance s’impose : ces milliards sont des capitaux privés, prêtés volontairement par des investisseurs qui en assument le risque et en exigent le prix. C’est le marché qui fixe la facture, pas un gouvernement.

Prochain test : les résultats trimestriels des géants technologiques, qui diront si les revenus de l’IA suivent le rythme des emprunts.

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