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Économie

La France dépense désormais davantage en intérêts qu'en éducation ou en défense

Le déficit ne recule pas, la dette grimpe et emprunter coûte plus cher depuis quelques semaines.

2 min de lecture
Billets et pièces en euros. Photo d'illustration. Photo : Willfried Wende / Pexels

La France dépense désormais davantage en intérêts sur sa dette qu'en éducation ou en défense, constate Justin Paquet, économiste principal à la Banque Nationale. Le déficit, c'est-à-dire l'écart entre ce que l'État dépense et ce qu'il encaisse, ne recule pas, et la dette, soit l'ensemble des emprunts publics, continue de grimper.

Le dernier budget français sans déficit remonte à 1974, rappelle Radio-Canada. Au Québec, le dernier exercice sans déficit, c'est-à-dire une année financière bouclée à l'équilibre, date de 2019-2020. À Ottawa, il faut remonter à 2014-2015, année close sur un excédent d'environ 1,9 milliard de dollars.

Ce que coûte l'emprunt

Le taux d'emprunt à dix ans de Paris, soit le rendement exigé par les prêteurs pour acheter un titre de dette de l'État, s'est approché de 5 % au cours des dernières semaines. C'est un sommet qu'on n'avait pas vu depuis le début des années 2000. Le coût moyen de la dette déjà en circulation, celle que le pays a empruntée par le passé, tourne toutefois autour de 2,3 %, selon Jérémie Peloso, stratège en chef pour l'Europe chez BCA Research, une firme de recherche pour investisseurs institutionnels. Pour lui, le coût de la dette n'a pas encore atteint un cercle vicieux, c'est-à-dire un engrenage où la dette alimente elle-même la hausse des intérêts.

M. Paquet, lui, voit la facture grossir si les taux demeurent à leur niveau actuel, ou s'ils continuent de monter dans les prochains mois. Il juge aussi la situation française bien plus pressante que celle du Canada, parce que la France ne dispose pas de l'avantage d'une monnaie de réserve, cette devise que de nombreux pays détiennent pour leurs réserves.

Impôts ou dépenses : aucune sortie facile

Un gouvernement n'a que deux leviers pour élargir sa marge de manœuvre : augmenter les impôts ou réduire les dépenses. Dans le cas de la France, M. Paquet juge le premier difficile. « La quantité de taxes perçues en France est déjà très élevée par rapport à la moyenne globale pour une économie avancée », a-t-il indiqué à Radio-Canada. Reste le second levier, qui passerait par un recul de l'âge de la retraite. Un dossier explosif : à l'hiver 2023, un projet de réforme en ce sens avait fait descendre dans la rue des foules importantes.

Pour M. Paquet, aucun remède simple ne permet de boucler le budget à court et à moyen terme. Aucune réaction du gouvernement français ne figure dans les sources consultées, ni sur les impôts ni sur les dépenses.

Qui pourra redresser les comptes?

M. Peloso estime que la situation ne s'améliorera pas sans un candidat prêt à imposer une politique de rigueur, comme l'Espagne, l'Italie ou la Grèce l'ont fait durant la décennie précédente. Le pays fait face à une paralysie politique, nourrie par une fragmentation du paysage politique accentuée depuis la dissolution de l'Assemblée nationale en juillet 2024.

Quand les intérêts pèsent plus lourd que l'école et la défense, la question n'est plus seulement combien l'État dépense. Elle devient : à quoi sert l'argent public, s'il sert d'abord à rembourser le passé?

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