Décès suspect à Irkoutsk : l'OMS ne peut pas encore évaluer complètement le risque
Une femme de 28 ans est morte à Irkoutsk, en Sibérie, d'une pneumonie dont la cause reste indéterminée. L'Organisation mondiale de la santé réclame des réponses à Moscou avant de pouvoir évaluer le risque.

Le 7 octobre, à Genève, le chef de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), Tedros Adhanom Ghebreyesus, a reconnu que son organisation ne peut pas encore procéder à une évaluation complète du risque lié au décès d'une femme de 28 ans à Irkoutsk, en Sibérie. « Nous ne disposons pas encore d'une vision complète de cet événement et ne sommes pas en mesure de procéder à une évaluation complète des risques », a-t-il déclaré devant la presse.
Les faits connus sont peu nombreux. Les autorités russes ont indiqué à l'OMS qu'il s'agit d'une pneumonie grave acquise en communauté, c'est-à-dire contractée en dehors du laboratoire, a expliqué Silviu Ciobanu, de la division Sécurité sanitaire du bureau européen de l'OMS. Or l'organisation reconnaît ignorer ce qui s'est réellement passé. « Nous ne connaissons pas l'agent responsable du décès de cette femme », a insisté Maria Van Kerkhove, qui dirige le département de gestion des épidémies et des pandémies à l'OMS.
Le soupçon de peste vient du média local Peuples du Baïkal, qui affirme que la victime aurait pu contracter la peste pulmonaire après le bris d'un tube à essai, rapporte Radio-Canada. Rien de cela n'est confirmé : ni l'OMS ni les autorités russes ne retiennent cette piste.
Ce que la peste représente
La peste est une maladie infectieuse causée par des bactéries. Sa forme pulmonaire est hautement contagieuse et peut être mortelle si elle n'est pas traitée rapidement, précise l'OMS. Le taux de létalité, c'est-à-dire la part des personnes atteintes qui en meurent, s'établit à 11 % dans les données publiées par l'organisation fin septembre : entre 2019 et 2025, 3 847 cas suspects, dont 423 mortels, lui ont été signalés. La plupart de ces cas viennent de Madagascar et de la République démocratique du Congo, où la maladie reste présente en permanence dans certaines régions, ce qu'on appelle l'endémie.
Aucun cas de peste n'a été signalé récemment dans l'oblast, c'est-à-dire la région d'Irkoutsk, affirment les autorités russes, qui ont aussi placé environ 200 personnes ayant eu des contacts en quarantaine.
Un risque évalué, puis retiré
Au départ, l'OMS jugeait le risque pour la santé publique modéré à faible pour Irkoutsk, faible pour la Russie et très faible pour l'Europe. Mercredi, l'organisation a jugé cette appréciation caduque. Elle réclame désormais des informations sur les analyses de laboratoire faites sur la personne décédée, sur ses contacts, sur les mesures de santé publique prises et sur l'état de santé de ces contacts.
Un deuxième cas pose aussi question. Des médias font état d'un deuxième employé atteint d'une pneumonie de cause indéterminée, et l'OMS veut vérifier l'information. Moscou assure qu'aucune épidémie ne menace la Sibérie et dénonce de fausses informations, sans nier pour autant l'existence de ce second cas.
Le délai et la transparence
Le Règlement sanitaire international (RSI) est un cadre juridiquement contraignant : il oblige les pays à répondre dans un délai de 24 heures aux demandes d'information de l'organisation. Moscou a répondu trois jours après la demande de l'OMS du 3 octobre. Pour le chef de l'OMS, le partage d'informations « en temps utile, de manière complète et transparente » est essentiel pour clarifier les rapports contradictoires et permettre une évaluation précise des risques.
L'agent en cause, la cause exacte du décès et l'état des personnes contacts restent inconnus. Tant que Moscou n'a pas répondu aux nouvelles demandes de l'OMS, l'organisation ne peut ni confirmer ni écarter une menace. Prochaine étape : cette réponse, que l'OMS espère recevoir « dans les meilleurs délais ».


