Zéro député : la CAQ rayée de la carte, Fréchette et tous ses ministres battus, sans démission
Quatre ans après avoir remporté 90 sièges, l’ancien parti de François Legault n’a fait élire personne. Christine Fréchette prend « l’entière responsabilité » de la défaite, mais reste en poste.

« La défaite, elle est la mienne, et pas la vôtre. »
Christine Fréchette a été la première cheffe à monter sur scène, lundi soir. Elle a concédé la victoire au Parti québécois. Puis elle a appris sa propre défaite dans Trois-Rivières.
Le bilan est brutal. La Coalition avenir Québec (CAQ) n’a fait élire aucun député, a rapporté Radio-Canada. Pas un seul. Ses ministres sortants et ses vedettes ont tous mordu la poussière.
Il y a quatre ans à peine, sous François Legault, le parti avait raflé 90 sièges. Il en détenait encore 79 à la dissolution, selon Le Droit. Jamais, dans l’histoire du Québec, un gouvernement sortant n’avait été ainsi blanchi.
Une cheffe qui reste
Mme Fréchette a dit prendre l’entière responsabilité du résultat. Elle n’a pas démissionné pour autant. Elle a même promis que la CAQ continuerait de défendre la « troisième voie » dans le paysage politique québécois.
« Les Québécois ont parlé. Leur choix est clair, et je le respecte », a-t-elle déclaré, selon Radio-Canada. Elle a promis une transition harmonieuse avec Paul St-Pierre Plamondon et salué François Legault, qui a dirigé le Québec pendant sept ans.
Avec 13 % des voix, la CAQ a pourtant récolté plus de votes que Québec solidaire. Mais là où les solidaires ont fait élire neuf candidats, les caquistes, éparpillés partout, n’ont gagné nulle part. Le mode de scrutin ne pardonne pas.
Le dernier espoir s’éteint à Jonquière
En début de soirée, la CAQ semblait avoir un pouls. Elle menait dans une poignée de circonscriptions. À Jonquière, le député sortant Yannick Gagnon a tenu tête au Parti québécois pendant des heures. Il a finalement été battu par un peu plus de 900 voix.
À Lévis, Bernard Drainville, ex-rival de Mme Fréchette dans la course à la direction, a terminé troisième avec 17,1 % des voix. La conservatrice Karine Laflamme l’a largement devancé. Ironie du sort : il a prononcé son discours de défaite au moment précis où sa cheffe prenait la parole.
Dans Nicolet-Bécancour, le ministre sortant Donald Martel, député depuis 14 ans, a cédé sa place au conservateur Guillaume Langlois, médecin de profession. La participation y a atteint 76,32 %.
« On a manqué de fierté »
Avant même les résultats, M. Martel a livré un diagnostic sans détour. « On a été beaucoup critiqué sur Northvolt, SAAQclic », a-t-il reconnu en mêlée de presse, selon Radio-Canada. Le projet d’usine de batteries Northvolt et la plateforme numérique SAAQclic de la Société de l’assurance automobile ont collé à la peau du gouvernement jusqu’au bout.
M. Martel estime que le parti aurait dû défendre davantage ses réalisations, comme les écoles, le parc industriel et l’autoroute 55 dans sa région. « Si, demain matin, je formais un parti politique, je prendrais exactement ce positionnement-là, mais les gens voulaient du changement », a-t-il dit, ému.
Les électeurs, eux, ont tranché. Pour un gouvernement jugé sur sa gestion, les dossiers qui ont fait les manchettes ont pesé plus lourd que les réalisations locales.
La vague bleue
Le nouveau député conservateur de Nicolet-Bécancour, lui, n’en revenait pas. « On l’a vraiment vu, la vague », a lancé Guillaume Langlois à ses partisans. Il dit avoir rencontré des gens de 40 ou 50 ans qui n’avaient jamais voté.
Le Parti conservateur, le Parti libéral et le Parti québécois ont fait l’essentiel de leurs gains aux dépens de la CAQ. Dans Chaudière-Appalaches et la Capitale-Nationale, le parti comptait 15 députés, a rappelé Le Soleil. Il n’en reste aucun.
Reste une question, et elle est entière : que restera-t-il de la CAQ, un parti qui a déjà changé de nom cet été tant la marque était abîmée, sans un seul élu pour porter sa voix au Salon bleu?
« La défaite, elle est la mienne », disait Christine Fréchette. Les prochaines semaines diront si l’avenir du parti l’est encore.


