Yoga, 5 à 7 et soirées de rencontres : les musées sortent de leur cadre pour attirer le public
Alors que la fréquentation des institutions muséales recule de 5 % au Québec, plusieurs musées multiplient les activités hors norme pour séduire ceux qui n’osaient pas franchir leurs portes.

« Inspirez. Expirez. » Un lundi soir d’août, à la Fondation Guido Molinari, à Montréal, une conservatrice adjointe guide une séance de yoga devant Vent bleu, l’immense toile du peintre québécois. Au moment de la dernière posture, on demande aux participants de garder les yeux ouverts et d’admirer l’œuvre, a raconté La Presse. Une première pour cette fondation, qui a le statut d’institution muséale, et un succès qui a attiré un nouveau public dans Hochelaga-Maisonneuve.
L’initiative n’a rien d’anecdotique. Selon Le Devoir, la fréquentation des institutions muséales est en baisse de 5 % au Québec. Dans ce contexte, plusieurs musées d’ici et d’ailleurs misent sur la médiation culturelle, c’est-à-dire les activités qui créent un pont entre les œuvres et le public.
Les chiffres clés
- Baisse de la fréquentation des institutions muséales au Québec : 5 %
- Yoga au Musée national des beaux-arts du Québec : depuis 2022
- Public le plus friand du yoga matinal : les jeunes dans la vingtaine
Pourquoi ça fonctionne
Au Musée national des beaux-arts du Québec (MNBAQ), le yoga fait partie de la programmation depuis 2022. « Comment est-ce que le Musée national des beaux-arts allait proposer de nouvelles portes d’accessibilité pour des publics? », résume Marie-Hélène Audet, cheffe du service de la médiation. Le yoga matinal séduit particulièrement les jeunes dans la vingtaine, un public que les institutions veulent recruter.
À Ottawa, le Musée des beaux-arts du Canada a même accueilli une soirée de rencontres pour célibataires à la fin juillet, organisée par une entreprise spécialisée. Le MNBAQ n’a rien de tel au programme, mais l’idée n’est pas absurde, selon Mme Audet, à une condition : que l’œuvre reste au cœur de l’événement.
Dans Charlevoix, le Musée d’art contemporain de Baie-Saint-Paul organise des 5 à 7 créatifs qui mettent en valeur les vignerons, cidriculteurs et distillateurs de la région. On y a même demandé à des participants de faire des liens entre les œuvres et le vin qu’ils dégustaient. Sa directrice générale, Gabrielle Bouchard, veut aller plus loin, avec peut-être une grande table champêtre dans une galerie, animée par des chefs de la région et des artistes. Ces activités servent aussi à désacraliser le musée, soit à le rendre moins intimidant : pas besoin de s’endimancher pour le visiter.
Ce que ça dit de la culture québécoise
Au Musée d’art de Joliette, les 5 à 7 sur la terrasse permettaient même de se faire livrer du poulet du restaurant voisin. « Le 5 à 7 n’est pas là pour enrichir le musée, souligne sa directrice générale et conservatrice en chef, Annie Gauthier. Il développe la communauté. Il fait venir des gens qui n’osent pas venir. »
Elle insiste : le contenu, lui, n’a pas changé. « On expose encore des artistes qui sont intellectuellement exigeants dans leur pratique. On veut juste essayer de trouver de nouvelles façons de rendre accessible ce travail et de briser la barrière qui te fait dire : “Le musée d’art n’est pas pour moi.” »
Selon Annie Gauthier, ce mouvement s’observe partout dans le monde des arts : on peut désormais prendre un verre de vin en regardant une pièce de théâtre, par exemple. « Le musée répond à un besoin physiologique qui n’était pas identifié avant », avance-t-elle. Pour elle, c’est une évolution normale : « Si on est pur et dur, qu’on fait juste des expos, qu’on ne se préoccupe pas du plaisir et du bien-être, de l’impact qu’on a sur les gens, on deviendra déconnecté de notre communauté. »
C’est tout l’enjeu : élargir le public sans diluer l’art. Les musées québécois parient qu’on peut entrer pour un verre ou une séance de yoga, et ressortir avec un coup de cœur pour une toile.
À voir
La Fondation Guido Molinari entend vraisemblablement poursuivre ces activités originales, qui ont été très populaires. Le moment est peut-être venu de pousser la porte d’un musée près de chez vous, tapis de yoga sous le bras ou non.


