Washington veut exiger 70 000 $ aux établissements pour chaque étudiant étranger qui travaille
Le département de la Sécurité intérieure propose des frais de 70 000 $ liés au programme de formation pratique optionnelle. Universités et employeurs de la technologie encaisseraient le coup, et la mesure pourrait finir devant les tribunaux.

Le département américain de la Sécurité intérieure (DHS) a proposé mercredi d’imposer des frais de 70 000 $ aux étudiants étrangers qui souhaitent travailler aux États-Unis, rapporte l’Associated Press dans une dépêche reprise par La Presse. Techniquement, c’est l’établissement d’enseignement qui paierait la note, pas l’étudiant.
Une facture par étudiant
Le projet de règlement vise le programme de formation pratique optionnel, connu sous le nom d’OPT. Il permet aux étudiants d’occuper des emplois en lien avec leur domaine pendant ou après leurs études. Les étudiants ont généralement droit à une année de travail après l’obtention de leur diplôme, et certains en sciences, technologie, ingénierie et mathématiques peuvent obtenir deux années de plus.
Selon la proposition, les établissements verseraient 70 000 $ pour la première demande d’inscription de chaque nouvel étudiant au programme, puis une redevance de 30 000 $ pour chaque renouvellement.
Le DHS justifie la mesure par la lutte contre la fraude et les abus du programme de visas, qu’il décrit comme un « vivier de main-d’œuvre étrangère bon marché ».
Qui paierait
Selon la dépêche, le changement porterait un coup dur aux universités américaines, qui recrutent massivement des étudiants étrangers pour les revenus tirés des frais de scolarité. Il toucherait aussi les entreprises technologiques et les autres secteurs qui embauchent de nombreux étudiants internationaux pour des postes techniques.
Fanta Aw, PDG de la NAFSA, une association représentant l’éducation internationale, soutient que le programme permet de pallier les pénuries de main-d’œuvre dans les domaines très demandés. « Éloigner les talents, les perspectives et les aspirations des étudiants internationaux ne fera que nuire à l’innovation américaine, à la croissance économique, au développement de la main-d’œuvre et au leadership mondial », a-t-elle écrit dans un communiqué.
Les inscriptions se ressentent déjà du climat actuel. Sarah Spreitzer, vice-présidente du Conseil américain sur l’Éducation, rappelle que, l’automne dernier, le nombre de nouveaux étudiants arrivant aux États-Unis pour la première fois a chuté de 17 %, la baisse la plus marquée depuis la pandémie de COVID-19. Les chiffres globaux de cet automne ne sont pas disponibles, mais certains établissements font état de baisses entre 30 % et 40 %, selon elle. Elle ajoute : « Nous savons que l’OPT est l’une des raisons pour lesquelles les étudiants internationaux choisissent d’étudier aux États-Unis, car cela leur permet d’acquérir une expérience professionnelle après l’obtention de leur diplôme. »
Une série de mesures contestées
La proposition s’ajoute à d’autres efforts de l’administration Trump contre l’immigration et pour remodeler l’enseignement supérieur. L’an dernier, le gouvernement a commencé à retirer le statut légal de milliers d’étudiants étrangers. Cet été, il a finalisé une règle empêchant les étudiants étrangers de rester plus de quatre ans sans autorisation fédérale, mais un tribunal fédéral l’a bloquée en septembre. Des directives de l’ICE, le Service de l’immigration et des douanes, sur un programme de stages voisin ont aussi donné lieu à une action en justice lundi.
Doug Rand, ancien conseiller principal au sein des Services de citoyenneté et d’immigration sous l’administration Biden, avait prédit que ces frais seraient invalidés par les tribunaux, comme ceux de 100 000 $ visant les visas de travail H-1B, sur lesquels s’appuient de nombreuses entreprises technologiques et universités. L’administration tente désormais, par une autre voie, de porter les frais de visa à plus de 100 000 $.
La suite
Le public dispose de 60 jours pour formuler des commentaires avant que le DHS puisse finaliser la règle. Des organismes de l’enseignement supérieur ou des associations professionnelles pourraient la contester en justice, ce qui retarderait son adoption. Les sources consultées ne précisent pas quels effets la mesure aurait sur les étudiants canadiens ou sur les entreprises d’ici.


