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International

Washington invoque la loi antitrust contre les cinq grandes chaînes américaines

Le département de la Justice exige les documents du pool de presse de la Maison-Blanche, en reprochant aux chaînes un « boycottage ». Les défenseurs de la liberté de presse y voient une tentative d’intimidation.

2 min de lecture
La Maison-Blanche, à Washington, à l’automne. Photo d’illustration. Photo : Tom Fisk / Pexels

Le département de la Justice des États-Unis a contacté vendredi les cinq grandes chaînes de télévision américaines pour exiger leurs documents sur le pool de presse de la Maison-Blanche, a révélé le New York Times, qui cite six personnes. L’administration Trump soutient que leur refus de couvrir certains événements pourrait enfreindre le droit de la concurrence.

Le pool est un groupe tournant de journalistes accrédités qui suit le président et partage images et informations avec les autres médias. Ce jour-là, une seule chaîne filme pour l’ensemble des diffuseurs.

L’origine du conflit

À la mi-septembre, Donald Trump avait fermé les portes de la Maison-Blanche à trois médias, CNN, MS NOW et Politico, qu’il accusait de relayer de fausses informations. Par solidarité avec CNN, les cinq principales chaînes avaient alors suspendu pendant plusieurs jours leur participation au pool.

CNN, MS NOW et Politico ont contesté l’interdiction devant les tribunaux, au nom du Premier amendement de la Constitution, qui protège la liberté de la presse. Un juge fédéral a annulé l’interdiction. Jeudi, les trois médias ont demandé que leur accès soit rétabli pour une durée indéfinie.

L’argument de la concurrence

Pour justifier sa démarche, Emily Covington, qui parle au nom du département de la Justice, invoque la loi Sherman, la grande loi antitrust américaine qui interdit les ententes entre concurrents. « Les boycottages entre concurrents commerciaux peuvent violer la loi Sherman », a-t-elle écrit, selon le quotidien new-yorkais.

La riposte est venue du Reporters Committee for Freedom of the Press. Son président, Bruce D. Brown, estime que l’enquête sert de prétexte pour savoir comment les médias couvrent la Maison-Blanche. « Les décisions que prennent les organes de presse en matière de couverture sont protégées par le Premier amendement », a-t-il affirmé. Invoquer le droit de la concurrence constitue selon lui « une nouvelle tentative, encore plus effrontée, d’intimider les journalistes ».

Ce que ça change

Le différend dépasse la simple querelle de salle de presse, et il touche directement à la façon dont les médias décident ensemble de couvrir le pouvoir. En traitant une décision éditoriale commune comme une entente commerciale, Washington teste une voie nouvelle pour encadrer les médias. Les tribunaux, qui ont déjà donné raison une première fois aux médias exclus, auront sans doute le dernier mot.

Ce n’est pas le premier affrontement : Donald Trump a souvent qualifié la presse critique d’« ennemie du peuple », a rappelé Radio-Canada. La prochaine étape se jouera devant le juge fédéral saisi de la demande des trois médias exclus.

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