Vol flydubai : les Émirats qualifient d’« acte terroriste » l’attaque du copilote contre le commandant
Le copilote a frappé le commandant avec la hache de secours du cockpit, selon le procureur général émirati. Il aurait été interdit de vol à Oman pour des raisons de sécurité, affirment plusieurs médias.

L’attaque survenue mercredi à bord d’un vol de flydubai qui reliait les Émirats arabes unis à Israël est désormais qualifiée d’« acte terroriste » par les autorités émiraties. Une conclusion lourde, qui pose une question dérangeante pour toute l’industrie aérienne : comment un pilote qu’un pays voisin aurait jugé dangereux a-t-il pu se retrouver aux commandes d’un avion de ligne?
Selon l’agence de presse officielle émiratie WAM, citée par La Presse, le procureur général Hamad Saif Al Shamsi a indiqué que le copilote « avait commencé à mettre à exécution un acte terroriste ». Le suspect a « agressé le commandant de bord dans le cockpit à l’aide de la hache de secours » de la cabine de pilotage et a tenté « de prendre les commandes de l’avion ». L’appareil, qui transportait surtout des passagers israéliens, a dû se poser d’urgence en Arabie saoudite.
L’enquête se poursuit « afin d’établir toutes les circonstances de l’incident et ses motivations », a précisé le procureur. Le copilote est détenu aux Émirats.
Un pilote écarté par Oman?
Le procureur n’a pas révélé la nationalité du suspect, mais une source saoudienne a indiqué à l’AFP qu’il était Omanais. Selon plusieurs médias, dont Al-Arabiya, CNN, ABC et le Wall Street Journal, cités par Radio-Canada, ce copilote, nommé Hammam Al-Hammami, dont le père est omanais et la mère syrienne, avait été interdit de piloter par les autorités omanaises pour des raisons de sécurité. Celles-ci estimaient qu’il avait été influencé par des groupes islamistes radicaux lors d’un séjour en Syrie.
Toujours selon ces médias, il aurait quitté son employeur, Oman Air, puis postulé sans succès chez Emirates avant d’être embauché par flydubai. Si ces informations se confirment, l’affaire mettra en lumière la circulation de l’information entre compagnies et entre États sur les pilotes jugés à risque, un maillon dont dépend la sécurité de millions de passagers.
Le premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, a affirmé que l’assaillant avait « subi un endoctrinement islamiste radical » et qu’il « avait l’intention de faire s’écraser l’avion avec ses passagers ».
La porte, dernière chance
Le récit du commandant, l’Indien Smit Machchhar, salué partout comme un héros, tient du paradoxe. La porte blindée du cockpit, conçue pour tenir les assaillants à l’extérieur, enfermait cette fois le danger à l’intérieur. Blessé, le pilote a réussi à la déverrouiller.
« J’essayais de sauver ma vie, mais je savais que je ne pouvais pas laisser toutes ces personnes mourir », a-t-il raconté depuis son lit d’hôpital, lors d’un appel avec le premier ministre indien, Narendra Modi. « Je savais que c’était ma dernière chance et que la porte était juste là. » Puis : « Je subissais encore des coups, mais j’ai simplement ouvert la porte et tout le monde est entré ».
Des passagers et des membres de l’équipage ont alors maîtrisé l’agresseur et repris le contrôle de l’appareil. Le commandant compte 17 années d’expérience, dont 11 comme commandant de bord. Les versions divergent sur l’arme : Radio-Canada a évoqué un coup de couteau, alors que le procureur émirati parle de la hache de secours.
Le trafic reprend
Le prince héritier de Dubaï, Hamdan ben Mohammed ben Rachid Al-Maktoum, a publié une photo de lui au chevet du pilote. « Il a toute notre reconnaissance », a-t-il écrit.
Après l’attaque, flydubai a suspendu sa liaison, et la compagnie El Al a annulé vendredi des vols spéciaux prévus pour rapatrier des Israéliens bloqués à Dubaï. Samedi, vers 1 h 10, heure locale, un appareil de la compagnie israélienne à bas coûts Arkia est devenu le premier vol israélien en provenance des Émirats à se poser à Tel-Aviv depuis l’attaque.
Le ciel se rouvre donc, mais la question demeure : dans un métier où la confiance envers celui qui partage le cockpit est absolue, une alerte lancée par un État peut-elle encore se perdre en route?


