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Économie

Usine d’épuration de Montréal : l’ozonation à 1,15 G$ en retard de 15 ans, et une facture de 2,3 G$ qui guette

La Ville de Montréal vise 2030 pour mettre en service la désinfection à l’ozone de ses eaux usées, prévue pour 2013. Le remplacement des incinérateurs et une nouvelle norme fédérale pourraient encore alourdir la note.

3 min de lecture
Une usine de traitement des eaux usées. Photo d’illustration. Photo : Hicham Oukachi / Pexels (licence Pexels)

Combien coûte, pour les Montréalais, la plus grosse usine d’épuration du Québec? Plus de un milliard de dollars pour une seule étape, et il y en a d’autres derrière. À l’usine Jean-R.-Marcotte, située à l’est de l’île, le chantier d’ozonation ne devrait pas coûter plus de 1,15 milliard de dollars, rapporte Radio-Canada, mais le budget a déjà été revu à la hausse, de l’aveu de la Ville.

Un projet prévu pour 2013

L’ozonation consiste à diffuser de l’ozone, un gaz qui détruit virus et bactéries, dans les eaux usées. Elle vise aussi les résidus de médicaments, comme les antidépresseurs ou les contraceptifs oraux. Décidée en 2008 par l’administration du maire Gérald Tremblay, elle devait entrer en service en 2013. La Ville annonce maintenant une mise en service partielle vers la fin de 2028 et complète, avec essai de performance, en 2030.

Sylvain Ouellet, élu de Projet Montréal et responsable de l’eau de 2017 à 2025, énumère les obstacles. L’ozone est une molécule instable, potentiellement mortelle si elle s’échappe, ce qui impose des équipements de sécurité. Les pièces coûtent cher : 111 millions de dollars pour dix ozoneurs, achetés en France, et les destructeurs d’ozone; 122 millions pour une usine d’oxygène sur place; 27 millions pour un poste électrique relié à Hydro-Québec. Six nouveaux bâtiments doivent aussi s’ajouter sans arrêter l’usine, dont les volumes d’eau, par temps sec, équivalent chaque jour à 426 piscines olympiques.

L’appel d’offres a, lui, buté sur la concurrence. Un seul consortium s’est montré intéressé, mais il a renoncé à soumissionner en bonne et due forme, estimant les risques mal répartis. Il fallait diviser le projet en lots pour attirer plus d’entrepreneurs. La pandémie a fait grimper les prix, et une enquête du Bureau de l’inspecteur général a recommandé à la Ville de se doter d’équipes spécialisées pour gérer de tels chantiers. Le processus n’a pas été entaché, souligne M. Ouellet malgré des craintes de favoritisme.

Les incinérateurs : 1,18 G$ de plus

Le projet d’ozonation n’est pas la dernière facture. Les quatre incinérateurs qui brûlent les boues d’épuration arrivent en fin de vie. Comme l’usine en récupère 270 000 tonnes par an, l’équivalent de 11 000 camions semi-remorques, on ne peut pas les arrêter pour les moderniser : il faut construire une nouvelle usine d’incinération. La Ville chiffre le projet à 1,18 milliard de dollars avant taxes, avec une fin des travaux prévue en 2033. Elle n’a pas précisé si la méthanisation des boues, un procédé qui permettrait de récupérer le méthane au lieu de le brûler, serait retenue. André Bélisle, qui a fondé un organisme québécois de lutte contre la pollution de l’air, note que les rejets actuels respectent les normes.

Une norme fédérale à 2,3 G$

Ottawa exige désormais un traitement secondaire des eaux, une étape biologique qui précède l’ozonation et qui retire notamment l’azote et le phosphore. Cette norme pourrait coûter 2,3 milliards de dollars à Montréal. « Ça doublera la taille de l’usine », précise M. Ouellet. La Ville a fait des études préliminaires, comme le réclamait le ministère de l’Environnement, mais ce chantier est absent de son plan d’investissements pour 2026 à 2035.

La Ville dit vouloir convenir avec le ministère d’un projet qui respecte « la capacité de payer des Montréalaises et Montréalais ».

Où investir?

L’élu doute que l’argent soit bien placé et propose d’agir plus tôt dans le réseau, avec des bassins de rétention. Ils éviteraient les rejets directs dans le fleuve lors de fortes pluies, mais aussi des refoulements d’égouts chez les citoyens, des dommages que le gouvernement ne couvre pas.

La Ville défend l’ozonation : le projet améliorera la qualité de l’eau du Saint-Laurent en aval et réduira le travail des usines d’eau potable en aval, par exemple à Varennes et à Verchères.

Reste la question que chaque contribuable peut se poser : avant de signer des chèques de plusieurs milliards, qui vérifie que chaque dollar donne le meilleur résultat pour l’eau du fleuve?

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