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Ungava : à Matagami, « une ville minière qui n’a plus de mine » réclame sa juste part

La circonscription couvre la moitié du Québec et regorge de lithium, de forêts et d’hydroélectricité. Son maire demande aux partis des politiques adaptées au Nord.

Par Équipe Régions de L’Authentique Presse 3 min de lecture
Matagami compte 1400 habitants, dans une circonscription qui couvre la moitié du Québec. Photo : TOBound ( talk ) / Wikimedia Commons (Public domain)

« On est où pour les candidats et les partis qui veulent se présenter pour gérer le Québec? » Le maire de Matagami, René Dubé, ne mâche pas ses mots. Sa ville de 1400 habitants est l’une des principales communautés jamésiennes de la circonscription d’Ungava, avec Chapais, Chibougamau, Lebel-sur-Quévillon et Radisson. « L’Ungava, c’est 50 % du territoire québécois. Les richesses, les mines de lithium, sont dans le Nord-du-Québec. L’hydroélectricité est là, la forêt aussi. Puis on n’entend pas parler de ce qu’ils vont faire avec les régions », lance-t-il à Radio-Canada.

À la tête de la ville depuis plus de 20 ans, M. Dubé ne demande pas de cadeaux. Il demande que les politiques de Québec tiennent compte des réalités du Nord.

Ce que ça change pour la région

Le maire plaide pour l’équité. Selon lui, la Baie-James, comme les autres régions ressources, c’est-à-dire celles dont l’économie repose sur les mines, la forêt ou l’énergie, contribue davantage aux finances publiques qu’elle n’en profite. « Tu ne peux pas régler les problèmes des grands centres sur le dos des régions », dit-il. Les redevances, ces sommes que les entreprises versent à l’État pour exploiter les ressources, profitent à tout le Québec, rappelle-t-il, mais ceux qui habitent le territoire ont besoin de programmes adaptés pour y rester.

« On est une ville minière qui n’a plus de mine. Est-ce qu’on a l’air d’une ville qui va fermer? Non. Mais tu ne peux pas savoir le travail que ça exige. On a appris à faire beaucoup avec peu. Mais à un moment donné, on s’essouffle. »

Les chiffres clés

  • Part du territoire québécois couverte par l’Ungava : 50 %
  • Population de Matagami : 1400 habitants
  • Distance jusqu’à Amos, où sont les spécialistes : 180 km
  • Seuil de remboursement du transport médical : 200 km, à 53 cents le kilomètre
  • Seul supermarché dans un rayon de 180 km, avec une trentaine d’employés

Le transport, un casse-tête quotidien

À Matagami, il n’y a ni autobus ni taxi. « C’est vraiment la communauté qui s’entraide », constate Sabine Dasemé, nouvelle arrivante. Pas de transport adapté non plus pour les personnes vivant avec un handicap, déplore Carole Beaudoin, de l’organisme Partenaires à part égale, qui compte 140 membres.

Le transport médical illustre l’absurdité de certaines règles. La compensation de 53 cents le kilomètre ne s’applique qu’à partir de 200 kilomètres. Or, Amos, où sont toutes les spécialités, est à 180 kilomètres. « Tu souhaites quasiment que le médecin te transfère à Val-d’Or ou La Sarre parce que tu as une petite partie qui sera remboursée », résume Mme Beaudoin. Une personne transportée en ambulance à Amos doit d’ailleurs revenir par ses propres moyens.

Ce que demandent les élus et les entreprises

Pour le maire, l’immigration est un exemple parfait. « Les travailleurs étrangers, c’est des gens qui viennent habiter une région, qui occupent le territoire, qui restent en région et qui emmènent leur famille. C’est de ça qu’on a besoin. Arrêtez de voir ça comme un fardeau. C’est un actif pour le Québec », insiste-t-il, en déplorant que certains partis veuillent réduire le nombre de travailleurs étrangers.

Les entrepreneurs, eux, cherchent de la main-d’œuvre. Marlène Landry, copropriétaire de l’épicerie Marchés Tradition, ne peut rivaliser avec les salaires des mines ou de la scierie de Chantiers Chibougamau. Les nouveaux arrivants jouent donc un rôle important.

Judy Boissonneault, directrice générale de l’Hôtel Matag, rouvert en août 2025 dans une aile sauvée de l’incendie de 2022, réclame un meilleur crédit d’impôt pour les régions éloignées, un avantage fiscal destiné à attirer des travailleurs loin des grands centres. « Je ne peux pas comprendre qu’il y a 20 ans, j’avais le même crédit d’impôt que maintenant », dit-elle. Une petite entreprise comme la sienne ne peut offrir le navettage aérien, le fameux « fly in fly out », où les employés font l’aller-retour en avion sans s’installer sur place. Elle préfère de toute façon des employés qui vivent dans la communauté.

Même la culture se bat contre la distance : la Galerie d’art AU, ouverte en 2023 par l’artiste Stéfanie Thompson, est la seule de la région.

La suite

Les électeurs de l’Ungava, comme ceux de tout le Québec, se prononceront lundi. Pour René Dubé, l’enjeu dépasse sa ville : si l’effritement des régions se poursuit, prévient-il, c’est tout le Québec qui sera perdant.

Équipe Régions de L’Authentique Presse L’équipe Régions couvre le Québec au-delà des grands centres : ressources, industries, services et décisions qui touchent les régions.
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