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Économie

Une charte d’une page pour encadrer l’IA : les six géants signent, un chercheur de Mila la juge « insuffisante »

OpenAI, Anthropic, Google, Meta, xAI et Nvidia ont accepté à la Maison-Blanche un code de conduite volontaire. Le professeur David Krueger y voit un pas, mais pas une réglementation.

2 min de lecture
Le portique nord de la Maison-Blanche, à Washington, où la charte a été signée mardi. Photo de 2014. Photo : Don Ramey Logan / Wikimedia Commons (CC BY-SA 4.0)

Imaginez un code de la route d’une seule page, que les conducteurs s’engagent à respecter de leur plein gré, sans policier pour vérifier. C’est un peu ce qu’ont signé mardi les six géants de l’intelligence artificielle à la Maison-Blanche, selon Le Devoir.

OpenAI, Anthropic, Google, Meta, xAI et Nvidia ont accepté de se soumettre, sur une base volontaire, à un code de bonne conduite qui vise à encadrer le développement de l’IA.

Quatre étages de surveillance

La charte prévoit quatre niveaux de contrôle. D’abord, des contrôles internes dans chaque entreprise, pour surveiller « les capacités et l’alignement des modèles pendant leur entraînement et leur déploiement ». L’alignement, c’est le fait qu’un système d’IA agisse conformément aux intentions de ceux qui l’ont conçu.

Ces contrôles seront supervisés par une équipe interne. Un évaluateur externe fera ensuite un audit indépendant, et un comité indépendant, nommé au sein de chaque conseil d’administration, chapeautera le tout.

Le pari de l’autoréglementation

Pour David Krueger, titulaire d’une chaire de recherche en IA à Mila et professeur à l’Université de Montréal, la recette n’a rien de neuf. « [L’autoréglementation], c’est ce qui a été essayé pendant des années, mais sans succès », dit-il au Devoir. À ses yeux, la charte est « décevante et insuffisante », même si elle comporte des points positifs.

Son principal reproche : le flou. « Ça pourrait être mis en œuvre de façon extrêmement limitée ou d’une manière tellement superficielle qu’elle ne produirait pratiquement aucun effet », prévient-il.

Le chercheur ne doute pas de la sincérité de certains dirigeants. Mais il décrit une contradiction à l’intérieur même des entreprises : « beaucoup de personnes veulent une chose, puis leurs lobbyistes font simplement ce que font les lobbyistes, c’est-à-dire essayer d’éviter la réglementation ».

La course avec la Chine

Le contexte explique le choix du volontariat. Le président Donald Trump répète qu’il ne veut pas ralentir l’industrie, de peur que la Chine ne devance les États-Unis. Le 2 juin, son gouvernement avait déjà créé un programme qui incite les entreprises à soumettre leurs modèles les plus avancés avant leur lancement, lui aussi sur une base volontaire. Les entreprises s’y sont pliées, peut-être par crainte de représailles de l’administration, avance le professeur.

M. Krueger conteste cette logique de course. « Ce n’est probablement pas une course que l’on peut gagner », dit-il, craignant qu’au-delà d’un certain seuil, on perde le contrôle de ces systèmes.

Il va beaucoup plus loin que la charte : il réclame un moratoire international immédiat sur le développement de l’IA de pointe. « Personne ne devrait construire des systèmes d’IA plus puissants », tranche-t-il. M. Krueger a fondé l’organisme Evitable, qui milite pour mettre fin à la course vers la superintelligence, soit une IA dont les capacités dépasseraient largement celles des humains.

Pourquoi l’économie s’en soucie

Pour les marchés, le message de Washington est clair : pas de frein réglementaire, mais une promesse de prudence signée par l’industrie elle-même. Les entreprises gardent ainsi la main sur leur développement, ce qu’elles préfèrent à une réglementation publique contraignante.

Reste à voir si ce code d’une page aura le poids moral d’une loi. Le professeur Krueger le croit possible, sans que cela suffise à ses yeux. Les conducteurs ont signé. Il manque encore le policier.

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