Thélyson Orélien écarté du Femina et du Décembre, mais en lice pour le prix de la Porte Dorée
Visé par des accusations d’écriture assistée par l’intelligence artificielle et de plagiat, l’auteur de C’était ça ou mourir figure sur la liste d’un prix parisien consacré à l’exil. Le verdict tombera le 25 novembre.

La rentrée littéraire française a de ces retournements dignes d’un roman. Il y a quelques semaines à peine, C’était ça ou mourir, de Thélyson Orélien, passait pour le phénomène de la saison. Mardi, le livre a disparu des deuxièmes sélections des prix Femina et Décembre, tout en faisant son entrée dans la course au prix littéraire de la Porte Dorée.
La nouvelle a été rapportée par Radio-Canada et La Presse.
Un prix consacré à l’exil
Créé en 2010, le prix de la Porte Dorée récompense une œuvre de fiction ou un récit littéraire qui explore l’exil, l’immigration, l’identité plurielle ou les parcours migratoires, selon le site du Palais de la Porte Dorée. Ce monument Art déco parisien abrite notamment le Musée de l’histoire de l’immigration. Le prix est doté de 4000 euros, soit 6390 $ CA.
Le roman d’Orélien y côtoie cinq autres ouvrages : La classe et la fonction, de Mariana Alves; La part absente, de Rachida Brakni; Très brève théorie de l’enfer, de Jérôme Ferrari; Loin du Mékong, de Louis Raymond; et Issa, de Mirrianne Mahn, traduit de l’allemand par Rose Labourie.
Le jury, présidé par la romancière, dramaturge et metteuse en scène Alice Zeniter, rendra son verdict le 25 novembre.
L’ombre des accusations
Le thème du livre épouse parfaitement celui du prix. C’était ça ou mourir raconte la fuite de Jonas Dorléon, professeur d’histoire et de géographie qui quitte la violence de son quartier de Port-au-Prince, en Haïti. Son périple le mène en République dominicaine, au Brésil et dans la jungle du Darién, au Panamá, avant qu’il arrive à Montréal par le chemin Roxham.
Publié l’hiver dernier au Boréal, puis en août chez Grasset, en France, le roman devait être traduit dans une vingtaine de langues, rappelle La Presse. Puis le compte X « Balance ton Claude » a affirmé, en s’appuyant sur l’outil de détection Pangram, que le texte avait été « presque intégralement » écrit par l’intelligence artificielle.
S’y ajoutent des allégations de plagiat touchant de nombreux autres textes publiés auparavant par l’auteur de 38 ans. Ces accusations n’ont pas été tranchées par une instance indépendante, selon les informations publiées. Elles ont néanmoins eu des conséquences concrètes : Orélien a été écarté de la première sélection du Goncourt à la fin de septembre, et ses activités promotionnelles ont été annulées en France comme au Québec.
Le reste du palmarès
La Presse qualifie de « sans surprise » son absence des nouvelles listes du Femina et du Décembre. La deuxième sélection du Femina compte 10 romans français, dont La solitude des professeurs est infinie, de Yannick Haenel, et Vivre sans bonheur et n’en point dépérir, de Véronique Ovaldé. Ses finalistes seront connus le 23 octobre, et le prix sera remis le 4 novembre.
Une maison québécoise y tire son épingle du jeu. Dans la catégorie des romans étrangers figure La fête, de l’Allemande Lucy Fricke, publié par Le Quartanier, note Radio-Canada.
Le Décembre a retenu trois finalistes : Nous aussi, d’Anne Godard, Tuer le vieux, de Daria Marx, et Mais que fait ce sang sur le pull de Jennifer ?, de Lucie Rico. La lauréate sera dévoilée le 27 octobre.
Orélien reste par ailleurs en lice pour le Renaudot et le Médicis, qui dévoileront leurs deuxièmes sélections le 7 et le 15 octobre.
Ce que retiendra l’histoire littéraire
L’affaire pose une question que les jurys ne pouvaient guère imaginer il y a dix ans : comment juger une œuvre quand on doute de la main qui l’a écrite? La littérature s’est toujours nourrie de récits d’exil. Elle repose aussi, depuis toujours, sur un pacte de confiance entre l’auteur et son lecteur. Le jury d’Alice Zeniter aura jusqu’au 25 novembre pour dire lequel des deux l’emporte.


