Tarifs : Washington n’ira pas « jusqu’à la suppression totale », prévient Jamieson Greer
Le représentant américain au Commerce juge « assez compliqués » les derniers points à régler avec le Canada. Une surtaxe de 50 % sur l’automobile canadienne plane toujours à compter du 1er janvier.

Les États-Unis veulent un accord avec le Canada, mais pas au prix d’une levée complète de leurs droits de douane. Le représentant américain au Commerce, Jamieson Greer, a déclaré jeudi sur les ondes de Bloomberg que l’administration Trump était disposée à conclure une entente, sans être encline à aller jusqu’à la suppression totale des tarifs. Selon lui, la question est de savoir si le Canada est prêt à dire oui à certains points.
« Nous menons bien sûr des discussions techniques avec les Canadiens. La réalité est qu’il reste quelques points à éclaircir qui s’avèrent assez compliqués à résoudre », a-t-il affirmé, selon Radio-Canada. La veille, il s’était entretenu en tête à tête avec le ministre canadien du Commerce international, Maninder Sidhu, en marge de la réunion des ministres du Commerce du G20, à Milwaukee. Son principal interlocuteur dans la négociation reste toutefois Dominic LeBlanc, ministre responsable du Commerce Canada–États-Unis.
L’automobile dans la ligne de mire
Le secteur le plus exposé est celui de l’automobile. Interrogé sur la possible imposition d’une surtaxe de 50 % sur l’automobile canadienne à compter du 1er janvier, Jamieson Greer n’a pas répondu directement. Il a rappelé que la politique commerciale américaine est axée sur la relocalisation de la production aux États-Unis.
Le message est clair pour les constructeurs et leurs fournisseurs : Washington veut que les voitures vendues aux Américains soient fabriquées chez eux. Les États-Unis ont par ailleurs imposé plus tôt cette année des droits de douane de 10 % à une soixantaine d’économies, dont le Canada, qu’ils accusent de ne pas lutter suffisamment contre le travail forcé dans leurs chaînes d’approvisionnement.
Une croissance jugée trop faible
Le Canada cherche d’autres débouchés. Ottawa voulait profiter du G20 pour faire avancer un accord sur le commerce numérique avec l’Union européenne, les négociations avec le Mercosur, le bloc commercial sud-américain, et un partenariat économique avec l’Inde. Maninder Sidhu devait rencontrer jeudi ses homologues européen, indien et brésilien, après avoir vu mercredi ceux de la France, de l’Australie et de la Turquie.
Jamieson Greer s’est montré dédaigneux. Selon lui, le Canada et l’Union européenne sont des territoires à très faible croissance. « Et une faible croissance plus une faible croissance, ça reste une faible croissance », a-t-il lancé, ajoutant que Washington n’avait « absolument rien » contre le fait que des pays cherchent d’autres acheteurs pour écouler leurs surplus.
Ce que ça change pour l’économie
L’effet immédiat des nouvelles mesures reste limité, selon la firme Capital Economics. Dans un rapport publié mercredi, elle estime que les droits de douane imposés récemment par Donald Trump en vertu de l’article 338, une vieille disposition de la loi commerciale américaine, et les interdictions visant certains produits canadiens ne devraient pas avoir d’impact significatif sur l’économie. Le vrai risque est ailleurs : la nouvelle escalade pourrait retarder toute renégociation durable de l’accord entre le Canada, les États-Unis et le Mexique.
La suite
Le prochain rendez-vous est le sommet des chefs d’État du G20, à Miami, les 14 et 15 décembre. D’ici là, l’échéance qui compte pour l’industrie est celle du 1er janvier. Si la surtaxe de 50 % sur l’automobile entre en vigueur, la question ne sera plus de savoir si Ottawa dit oui à certains points, mais à combien d’entre eux.


