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Taïwan reçoit ses deux premiers F-16V, mais attend toujours le feu vert de Trump pour 14 milliards d’armes

Les chasseurs américains, commandés en 2019, ont atterri vendredi à Taitung. Washington tarde à approuver un second contrat record, que Donald Trump a qualifié d’atout de négociation avec la Chine.

3 min de lecture
Des F-16V taïwanais escortent l’avion du président Lai Ching-te, le 30 novembre 2024. Photo : Bureau présidentiel de Taïwan / Wikimedia Commons (CC BY 2.0)

Deux chasseurs ont touché le sol vendredi midi sur la base aérienne de Taitung, sur la côte sud de Taïwan, et avec eux s’est ouverte une nouvelle étape de la défense aérienne de l’île, dans un rapport de force où chaque livraison d’armes américaine se lit désormais comme un message adressé à Pékin, a rapporté Radio-Canada, qui cite l’Agence France-Presse.

Les deux F-16V sont les premiers d’un contrat de 8 milliards de dollars portant sur 66 appareils, approuvé par Washington en 2019, pendant le premier mandat de Donald Trump. Le F-16V est un avion multirôle, capable de mener aussi bien des missions de combat aérien que d’attaque au sol, de quatrième génération. Il s’agit d’une version nettement améliorée des F-16 A/B vieillissants de l’armée de l’air taïwanaise, qui avait déjà modernisé 141 appareils à la fin de 2023.

Le président Lai Ching-te a salué une étape majeure pour la défense aérienne du pays et remercié les États-Unis pour leur soutien de longue date. Selon Su Tzu-yun, expert de l’Institut de recherche sur la défense nationale et la sécurité, à Taipei, l’appareil sera un atout précieux face à la menace militaire chinoise.

Des retards et un demi-tour inexpliqué

La livraison n’a pas été sans heurts. Les premiers avions devaient arriver au début de septembre, mais, selon des médias locaux, ils avaient fait demi-tour vers Hawaï peu après avoir décollé en direction de Guam, sans explication officielle. Le ministre de la Défense, Wellington Koo, avait déjà prévenu qu’il serait difficile de livrer tous les appareils cette année comme le prévoit le contrat, malgré l’accélération de la production chez Lockheed Martin.

Près de la clôture de la base, des dizaines de curieux, jumelles et téléobjectifs en main, attendaient l’atterrissage. L’un d’eux, interrogé par l’AFP, a résumé une inquiétude répandue : les appareils représentent un progrès technique, mais ce qui manque le plus, ce sont les pilotes.

Un contrat suspendu au sommet de décembre

L’enjeu principal se trouve ailleurs. Taïwan attend toujours l’approbation d’un autre contrat d’armement, d’une valeur record de 14 milliards de dollars, qui comprend notamment le système de défense aérienne Patriot. Donald Trump en a reporté la signature plus tôt cette année.

Les experts jugent peu probable une approbation avant le sommet du G20 qui se tiendra aux États-Unis en décembre, où le président américain doit rencontrer Xi Jinping pour la quatrième fois de l’année. Un responsable américain a récemment indiqué qu’il devenait de plus en plus probable que le contrat soit scindé en plusieurs lots plus modestes, afin d’atténuer la réaction de la Chine.

En mai, Donald Trump avait qualifié ce contrat de très bon atout de négociation avec Pékin, ce qui a fait craindre que la sécurité de Taïwan passe au second plan.

L’île sous pression

La Chine revendique Taïwan, qui dispose de son propre gouvernement, comme partie intégrante de son territoire et n’exclut pas d’en prendre le contrôle par la force. Pékin a accru sa pression militaire ces dernières années et proteste régulièrement contre les ventes d’armes américaines à l’île.

Taïwan demeure fortement dépendante de ces livraisons et subit, en parallèle, des pressions de Washington pour consacrer davantage de moyens à sa propre sécurité. Les États-Unis lui ont vendu des milliards de dollars d’avions de combat, de missiles et de navires de guerre, au nom de leur engagement à l’aider à maintenir une capacité d’autodéfense suffisante.

Commandés en 2019, les premiers appareils arrivent sept ans plus tard, au moment où le contrat suivant sert de monnaie d’échange. L’histoire des relations entre Washington et Taipei a souvent suivi ce mouvement de balancier : la protection américaine demeure, mais elle se négocie désormais au même titre que le commerce.

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