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Taïwan prévoit un budget de défense record de 49,1 milliards $ pour « empêcher une guerre » avec la Chine

Le président taïwanais Lai Ching-te a défendu samedi, jour de la Fête nationale, la hausse des dépenses militaires de l’île, qui dépasseront 3 % de son PIB en 2027. Pékin l’accuse de chercher l’indépendance par les armes.

3 min de lecture
Taipei et la tour Taipei 101. Photo d’illustration. Photo : Jimmy Liao / Pexels (licence Pexels)

Taïwan arme sa paix. Dans son discours de la Fête nationale, samedi à Taipei, le président Lai Ching-te a soutenu que la hausse des dépenses de défense de l’île avait pour but non pas de provoquer la Chine, mais « d’empêcher une guerre ». Le message visait Pékin, mais aussi Washington, rapporte Le Devoir.

Les chiffres donnent la mesure de l’effort. Le gouvernement de M. Lai a prévu pour 2027 une enveloppe sans précédent : 1100 milliards en monnaie locale, l’équivalent de 49,1 milliards $ CA. C’est au-delà de 3 % du PIB taïwanais, le produit intérieur brut, c’est-à-dire de la valeur de tout ce que l’économie taïwanaise produit en une année. Les gouvernements qui se sont succédé à Taipei ont d’ailleurs tous accru le budget militaire au cours de la dernière décennie.

« Cependant, la paix ne peut pas reposer uniquement sur des vœux, et la tolérance ne peut pas devenir un prétexte pour que les agresseurs empiètent toujours davantage », a fait valoir le président, en reprochant à la Chine de multiplier les pressions militaires et les actions dites de zone grise, ces manœuvres d’intimidation qui restent sous le seuil de la guerre ouverte.

Pékin réplique

La réponse chinoise n’a pas tardé. Zhang Han, porte-parole du Bureau chinois des affaires de Taïwan, a accusé M. Lai de vouloir « faire avancer l’indépendance de Taïwan par des moyens militaires et en s’appuyant sur le soutien étranger, tout en attisant la confrontation dans le détroit de Taïwan », selon l’agence officielle Xinhua.

Pékin considère l’île et ses 23 millions d’habitants comme une partie de son territoire et a déjà menacé d’employer la force pour l’annexer.

L’ombre de Washington

L’autre interlocuteur du discours se trouvait aux États-Unis. Washington a reconnu Pékin plutôt que Taipei il y a près de 50 ans, mais demeure le principal appui de Taïwan en matière de sécurité. L’île attend toujours la signature de Donald Trump pour un achat d’armes évalué à 19,9 milliards de dollars canadiens, qui comprend notamment le système de défense aérienne Patriot.

Les propos du président américain ont parfois inquiété Taipei. En mai, il avait évoqué l’idée de négocier avec Pékin en se servant des livraisons d’armes, et M. Lai avait rétorqué que son pays ne pouvait faire l’objet d’un « marchandage ». Samedi, il a salué les discussions entre Washington et Pékin, tout en demandant que l’on respecte « le droit d’existence du peuple taïwanais ».

Même l’opposition taïwanaise, plus favorable à un rapprochement avec la Chine, convient de l’importance du parapluie américain. Le président du Parlement, Han Kuo-yu, a déclaré que « le soutien des États-Unis (était) extrêmement important pour la sécurité de Taïwan », tout en rappelant les liens historiques et culturels qui unissent l’île au continent.

Une leçon de dissuasion

La logique taïwanaise est celle, bien connue, de la dissuasion : un pays qui veut éviter la guerre doit rendre une attaque trop coûteuse pour l’agresseur, et prouver à ses alliés qu’il assume une part réelle de sa propre défense. C’est un calcul budgétaire autant que stratégique, et Taipei a choisi d’en payer le prix plutôt que de s’en remettre aux seules promesses de ses partenaires.

La fête de samedi marquait les 115 ans de la fin du règne des Qing et de la naissance de la République de Chine. Le différend entre les deux rives remonte à la guerre civile chinoise : en 1949, vaincues par les communistes de Mao Tsé-Toung, les forces nationalistes de Chiang Kaï-chek s’étaient repliées sur l’île. Plus de trois quarts de siècle plus tard, la question reste entière.

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