Suicides de médecins : pas d’enquête publique pour l’instant, une coroner réunit les cinq dossiers
Le Bureau du coroner n’exclut pas de tenir une enquête publique plus tard, mais il confie d’abord les cinq décès survenus cette année à la coroner Géhane Kamel, à la suite de la demande d’environ 1500 médecins.

Pas d’enquête publique, du moins pas tout de suite. Le Bureau du coroner du Québec a annoncé mercredi que les investigations sur cinq suicides de médecins survenus cette année seront regroupées et confiées à la coroner Géhane Kamel. La décision fait suite à une lettre signée par quelque 1500 médecins, envoyée au coroner en chef le 18 septembre.
Si vous pensez au suicide ou vous inquiétez pour un proche, des intervenants sont disponibles en tout temps au 1 866 APPELLE (1 866 277-3553), par texto (535353) ou par clavardage à suicide.ca.
Ce que demandaient les médecins
Selon La Presse, cinq médecins québécois se sont enlevé la vie entre mars et août 2026, dans différentes régions de la province. Les signataires de la lettre réclamaient une enquête publique thématique afin de déterminer si des facteurs professionnels, organisationnels ou systémiques ont pu contribuer à ces décès.
Le coroner en chef, Me Reno Bernier, a répondu après une analyse approfondie de la demande. Dans son communiqué, il écrit qu’il était préférable, dans un premier temps, « de compléter les investigations en cours concernant les cinq décès visés, en les regroupant sous une même coroner ». Selon le Bureau, ce regroupement doit permettre d’identifier, s’il y a lieu, des facteurs contributifs communs. Les particularités de chaque dossier seront tout de même prises en compte.
La porte reste entrouverte
Me Bernier ne ferme pas totalement la porte à une enquête publique. L’idée pourrait être réévaluée si la démarche confiée à Me Kamel ne permet pas de faire toute la lumière sur les causes et les circonstances des décès, ou de formuler des recommandations pour prévenir des drames semblables.
Le Bureau souligne que la coroner Kamel a présidé des enquêtes publiques d’envergure, notamment sur les décès dans les CHSLD pendant la première vague de COVID-19 et sur la mort de Joyce Echaquan dans un hôpital de Joliette en 2020. Ses conclusions seront accessibles lorsque ses rapports seront rendus publics.
Les réactions du milieu
La Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ) dit saluer la décision et avoir confiance en Me Kamel « pour mener ce travail avec toute la rigueur qu’il exige ». Son président, le Dr Vincent Oliva, avait signé la lettre. La FMSQ rappelle aux médecins qui traversent une période difficile qu’ils peuvent se tourner vers le Programme d’aide aux médecins du Québec. La Fédération des médecins omnipraticiens du Québec se dit « contente » de la réponse, mais ne commentera pas davantage pour laisser la coroner faire son travail.
Le Collège des médecins, de son côté, a déjà annoncé qu’il collaborerait à l’enquête du coroner « peu importe sa forme ». Dans un message à la fin de septembre, son président, Mauril Gauldreault, écrivait que les tractations du gouvernement avec les médecins sur le projet de loi 2, la lourdeur de la charge de travail et la confrontation quotidienne à la souffrance humaine peuvent avoir contribué à la détresse des cinq médecins morts. Le Dr Jean-Paul Brutus, chirurgien plasticien signataire de la lettre, avait évoqué en septembre la surcharge de travail et le dénigrement envers les médecins.
Un problème qui dépasse ces cinq cas
Selon le sondage national de l’Association médicale canadienne sur la santé des médecins de 2025, 34 % des médecins ou des résidents en médecine ont eu des pensées suicidaires à un moment ou un autre dans leur vie.
Si vous êtes médecin et que vous traversez une période difficile, le Programme d’aide aux médecins du Québec existe pour vous. Le 1 866 APPELLE (1 866 277-3553) répond jour et nuit, tous les jours de l’année.


