Subventions aux entreprises : le chèque que l’État vous fait signer ne bâtit pas un seul entrepreneur
Un ancien patron de la chambre de commerce de Québec demande au gouvernement péquiste d’arrêter de distribuer des subventions. Il a raison, et l’argent des contribuables vaut mieux que cet usage.

Chaque fois que Québec remet un chèque à une entreprise, c’est vous qui l’avez signé. Pas votre député, pas le ministre, pas le comité de sélection : vous, à coups de déductions à la source et de taxes à la consommation. On pourrait au moins s’attendre à ce que cet argent fabrique des entrepreneurs. Selon quelqu’un qui en a formé des centaines, il fait exactement l’inverse.
Alain Aubut sait de quoi il parle. Il a dirigé des entreprises pendant 20 ans, puis il en a épaulé d’autres pendant 20 autres années, notamment comme grand patron de la chambre de commerce de la capitale, de 2015 à 2017. Il vient de publier un livre, Vision. Passion. Action., et il a profité de son entrevue au Soleil pour s’adresser au gouvernement péquiste qui s’installe. Son message tient en une phrase : « Distribuer des subventions aux entrepreneurs, c’est leur donner le mauvais signal. Ça ne favorise pas l’entrepreneuriat. »
La pandémie comme éprouvette
On a déjà fait l’expérience en grandeur nature. Pendant la pandémie, l’État a ouvert les vannes. Résultat, selon M. Aubut : l’aide a « peut-être maintenu en vie artificiellement » des entreprises. Ailleurs, des patrons ont refusé de rester assis. Il cite Surmesur, qui a vu des occasions dans la crise. Voilà la ligne de partage : d’un côté, l’entrepreneur qui cherche des solutions parce qu’il n’a pas le choix; de l’autre, celui à qui l’on apprend à attendre le prochain programme.
Ajoutez à cela le problème de l’arbitraire. Le « système de subventions », comme l’appelle M. Aubut, avantage certaines entreprises ou certains secteurs au détriment des autres. Quiconque a déjà vu un ministère choisir ses gagnants sait comment cela se passe : on récompense ceux qui connaissent le formulaire, pas ceux qui connaissent leur marché. Et ceux qui ne reçoivent rien paient quand même, puisque la facture est répartie sur l’ensemble des contribuables.
Devenir client, pas bailleur de fonds
Que faire, alors? Pas de se croiser les bras. M. Aubut propose que l’État aide autrement. D’abord, en imitant Mark Carney : à ses yeux, celui-ci se comporte en « client » plutôt qu’en bailleur de fonds, notamment avec la stratégie nationale de construction navale. Un client exige un produit, paie à la livraison et se fiche de vos beaux projets. C’est le meilleur des stimulants : une commande se gagne, une subvention se demande.
Ensuite, en accompagnant. M. Aubut le dit sans détour : « Quand j’étais entrepreneur, j’aurais aimé être mieux accompagné, avoir un mentor pour m’aider à prendre les bonnes décisions. Je me suis souvent planté, mais j’ai appris. » Ce qui manque aux jeunes entreprises, ce n’est pas un chèque de plus, c’est un réseau : des gens qui connaissent la fiscalité, le droit, l’exploitation. Il dirige d’ailleurs depuis deux ans Initiative Québec Prêt d’honneur, qui consent des prêts sans intérêts à des entrepreneurs que les banques ne veulent pas servir. Un prêt se rembourse. Un chèque, lui, se dépense.
Moins d’État, plus de commandes
M. Aubut ne prétend pas que tout tient à l’État. « Ce ne sont pas les seuls facteurs, mais c’est sûr que ça a contribué », dit-il à propos du déclin entrepreneurial récent, qu’il relie à l’interventionnisme étatique et à la lourdeur administrative et fiscale. Prenons-le au mot. Si l’on veut plus d’entrepreneurs, on commence par alléger le fardeau qu’on leur impose, au lieu de leur rendre une partie de leur argent sous forme de programme.
Le nouveau gouvernement a l’occasion de faire autrement. Il ne s’agit pas de couper pour couper, mais de choisir : financer des mentors, simplifier la paperasse, acheter les produits d’ici quand c’est possible. Pas de multiplier les enveloppes.
Votre compte de taxes n’est pas une caisse de dépannage pour entreprises. La prochaine fois qu’un ministre annoncera fièrement une subvention, demandez-lui combien de patrons elle aura rendus autonomes.
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