Stelco : la société mère se dit prête à se défendre en cour si Ottawa fait appliquer l’entente sur l’emploi
Le PDG de Cleveland-Cliffs affirme qu’aucune clause du contrat d’achat de 2024 ne l’oblige à maintenir un niveau d’emploi précis. La ministre de l’Industrie, Mélanie Joly, parle d’engagements légalement contraignants.

Le PDG de Cleveland-Cliffs, Lourenço Gonçalves, affirme que le contrat d’achat de Stelco ne l’oblige pas à garder un nombre précis d’employés, et que sa société se défendra devant les tribunaux si Ottawa va de l’avant.
M. Gonçalves s’est exprimé dimanche en entrevue à l’émission Rosemary Barton Live, de CBC.
En Ontario, Stelco a fait savoir plus tôt cet automne que jusqu’à 500 travailleurs seraient mis à pied, à Hamilton et à Nanticoke.
Deux lectures de la même entente
Pour la ministre fédérale de l’Industrie, Mélanie Joly, ces mises à pied violent l’entente signée en 2024, lorsque Cleveland-Cliffs a pris le contrôle de la compagnie. Elle évoque un recours devant les tribunaux pour la faire respecter.
D’après Ottawa, le texte garantit les postes syndiqués ainsi que la majorité des postes non syndiqués existant à la date de la transaction. Dans une déclaration écrite diffusée samedi, Mme Joly a redit que ces engagements lient légalement l’entreprise.
Cleveland-Cliffs ne lit pas le contrat de cette façon. « Aucune clause du contrat ne m’oblige à maintenir un certain niveau d’emploi, chaque jour, pendant ces cinq ans. Si cela avait été imposé par le gouvernement canadien, je n’aurais pas accepté », a dit M. Gonçalves (traduction libre).
Le dirigeant dit avoir engagé 3,4 milliards de dollars dans l’achat, convaincu que le Canada est un État de droit.
Vendredi, dans une lettre à la ministre que CBC s’est procurée, le président de Stelco, Paul Simon, défendait la même thèse : l’entreprise n’a pas à conserver en tout temps un effectif déterminé.
La ministre n’a pas bougé. « Tandis que notre équipe juridique examine la lettre de Stelco, toutes les options demeurent sur la table », a-t-elle répondu samedi par écrit.
Des mises à pied « temporaires », selon l’entreprise
M. Gonçalves soutient que les mises à pied seront passagères. Invité par l’animatrice à adresser un mot aux employés touchés, il a répondu : « Joyeuse Action de grâce, c’est la dernière où vous serez au chômage. Vous allez être réintégrés » (traduction libre).
Il a aussi laissé entendre qu’il pourrait envisager de vendre Stelco si une bonne offre se présentait.
Selon la compagnie, ce sont les tarifs douaniers américains qui causent les mises à pied. M. Gonçalves dit pourtant les appuyer : « Je suis favorable à l’imposition de tarifs contre tous les pays du monde qui font du dumping d’acier aux États-Unis » (traduction libre), a-t-il déclaré, en expliquant qu’ils aident l’industrie sidérurgique américaine.
Il dit toutefois partager la position du ministre Dominic LeBlanc : Washington et Ottawa doivent négocier une entente à part. « Ça a toujours été ma position », a-t-il affirmé (traduction libre).
Ce qui se jouera
Le litige se résume à une question de contrat : que prévoit exactement l’entente de 2024, et peut-on exiger d’un acheteur qu’il maintienne un nombre d’emplois à tout moment pendant cinq ans? Mme Joly évoque les tribunaux sans s’y engager, puisque toutes les options demeurent ouvertes. La société mère, elle, assure qu’elle se défendra si Ottawa va de l’avant.


