Six candidats autochtones en lice, contre neuf en 2022 : « Il faut qu’on se montre! », lance une solidaire
Deux candidats autochtones, l’un libéral à Montréal, l’autre solidaire sur la Côte-Nord, refusent d’être des candidats « poteaux ». Ils dénoncent l’absence des enjeux autochtones dans la campagne.

« Il faut qu’on se montre! » La phrase est de Jani Bellefleur-Kaltush. Innue. Candidate de Québec solidaire dans Duplessis. Et elle résume bien l’état d’esprit des rares candidats autochtones de cette campagne.
Ils sont six cette année à briguer un siège à l’Assemblée nationale, selon un recensement d’Espaces autochtones de Radio-Canada. Ils étaient neuf à l’élection précédente. Une seule de ces candidatures avait alors porté ses fruits : celle de Kateri Champagne Jourdain, une Innue élue sous la bannière de la Coalition avenir Québec.
Qui se présente, et où
La députée sortante, qui a terminé son mandat comme ministre des Ressources naturelles et des Forêts, se représente dans Duplessis. Elle y affronte notamment Mme Bellefleur-Kaltush.
QS présente aussi Bryan Gingras, un Anishnabeg, dans Marguerite-Bourgeoys. Le Parti libéral du Québec aligne deux Anishnabeg : Randy Legault-Rankin dans Laurier-Dorion et David Logue dans Gatineau. Au Parti québécois, le Wendat Simon-Pierre Savard-Tremblay, ancien député du Bloc à Ottawa, tente sa chance dans Saint-Hyacinthe.
Le Parti conservateur du Québec a confirmé à Radio-Canada ne présenter aucun candidat autochtone.
Pas des candidats « poteaux »
Seuls le PLQ et QS ont permis au diffuseur public de parler à l’un de leurs candidats. Les deux refusent l’étiquette de candidats poteaux, ces candidats présentés pour la forme dans une circonscription jugée perdue d’avance.
Randy Legault-Rankin brigue un siège dans une circonscription historiquement libérale, ravie par QS en 2018 puis en 2022. Son principal adversaire est le député solidaire sortant Andrès Fontecilla. Le libéral assure ne pas avoir été parachuté : selon lui, le chef libéral Charles Milliard lui aurait dit : « Toi, tu t’en viens avec moi à l’Assemblée nationale parce que j’y crois vraiment fermement ».
Jani Bellefleur-Kaltush jure elle aussi qu’on ne l’a pas placée là pour faire joli. « Je n’ai jamais senti que j’ai été mise là comme bouchon et je ne me vois pas comme un bouchon », dit-elle à Radio-Canada. Elle était déjà membre du parti.
L’ancien commissaire aux relations avec les peuples autochtones de la Ville de Montréal annonce ses couleurs sans détour. « Je vais être cet Autochtone fatigant à l’Assemblée nationale », lance M. Legault-Rankin.
Des enjeux absents du débat
Tous deux déplorent que la campagne parle si peu des enjeux autochtones. Lundi, plusieurs chefs autochtones ont d’ailleurs dénoncé cette absence, rappelle la candidate solidaire.
Parmi leurs priorités : la reconnaissance du racisme systémique, la foresterie et l’application concrète de la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones. Mme Bellefleur-Kaltush cite aussi l’engagement de QS à appliquer le Principe de Joyce à l’ensemble du Québec.
M. Legault-Rankin juge que la campagne, centrée sur la souveraineté, laisse peu de place à ces sujets.
La mobilisation, le vrai défi
Reste un obstacle de taille : les Autochtones votent peu, surtout aux élections provinciales. C’est ce désintérêt qui a poussé M. Legault-Rankin à se lancer.
Mme Bellefleur-Kaltush, elle, lance un dernier appel avant lundi : « J’encourage les gens à aller voter, mais selon leurs valeurs et la manière dont ils voient le futur. »
Le message est clair. Il reste trois jours pour qu’il porte.


