Seuls 3,9 % des 15 à 29 ans écoutent surtout de la musique québécoise : le Festif! va la chercher à l’école
Les chiffres de l’Institut de la statistique du Québec inquiètent. À Baie-Saint-Paul, le fondateur du Festif! mise sur la transmission : amener les artistes d’ici directement dans les écoles.

Sur le quai de Baie-Saint-Paul, entre le fleuve et les galeries d’art, Clément Turgeon parle de musique comme d’autres parlent de leur village. Le fondateur du Festif! a reçu l’équipe de la série À la recherche du Québec de Radio-Canada. Son constat est simple : les jeunes sont noyés sous les grandes plateformes et ont peu d’occasions de découvrir des groupes d’ici.
Les chiffres lui donnent raison. Au début de 2026, l’Institut de la statistique du Québec (ISQ) a publié une donnée qui a fait sursauter le milieu : parmi les jeunes de 15 à 29 ans qui ont écouté de la musique en 2024, seuls 3,9 % avaient écouté surtout de la musique d’artistes québécois au cours des 12 mois précédents. Et seuls 5 % avaient écouté surtout de la musique en français.
Du côté de la télé, le portrait n’est guère plus rassurant : selon les statistiques citées par Radio-Canada, 64 % des 15 à 29 ans regardent surtout des contenus télévisuels venus de l’extérieur.
De 2000 à 50 000 festivaliers
Et pourtant, la musique québécoise n’a jamais semblé aussi vivante sur scène. Le Festif! en est la preuve. Clément Turgeon, 39 ans, l’a lancé en 2010 : une seule journée, cinq spectacles et environ 2000 personnes. Les Cowboys Fringants étaient de la fête.
En 2026, l’événement dure quatre jours. On y a présenté 135 spectacles, avec 120 artistes répartis sur 38 scènes et sites de Baie-Saint-Paul, devant 50 000 festivaliers.
« Nous avons un foisonnement et une richesse extraordinaire au Québec en termes de production musicale », souligne le fondateur, qui parcourt la planète à la recherche de nouveaux talents. Selon lui, ce qui se passe au Québec est un phénomène assez rare, sans doute à cause de la langue. Ailleurs au Canada, observe-t-il, il faut chercher longtemps pour trouver des sons qui se distinguent de la musique américaine.
Aller vers les jeunes
Encore faut-il que les jeunes croisent cette musique. C’est là que le festival a choisi d’agir, en fondant le Festif! à l’école. Le principe : partir avec un artiste québécois et aller à la rencontre des élèves dans les écoles. « La transmission de la culture, c’est d’aller vers les jeunes », résume Clément Turgeon.
L’idée a quelque chose d’évident et de précieux à la fois. Un algorithme ne fera jamais découvrir à un adolescent la chanson d’un groupe de Charlevoix. Un musicien qui débarque dans son gymnase, peut-être.
La culture absente de la campagne
Le reportage de Radio-Canada fait aussi un constat : le mot culture occupe très peu de place dans la campagne électorale. Pour l’acteur et metteur en scène Yves Desgagnés, interprète de Junior Galarneau dans le téléroman L’Héritage de Victor-Lévy Beaulieu, ce sont les écrivains qui définissent une société. « Ce sont les littérateurs qui définissent une société », dit-il. Le téléroman captivait plus de deux millions de Québécois à la fin des années 1980.
Des chiffres de l’ISQ au gymnase d’une école de Charlevoix, une même question reste en suspens à trois jours du vote : qui fera entendre la musique d’ici à la prochaine génération?


