Sept mois sans vente : la PME Sunkiss EPI se réinvente du côté de la défense
Frappée par la guerre commerciale, l’entreprise de Bois-des-Filion a adapté sa technologie de séchage de peinture aux chars d’assaut et aux ailes d’avion.

Dans le parc industriel de Bois-des-Filion, une PME d’environ 55 employés fabrique des systèmes que presque personne ne connaît, mais que l’on croise partout. Sunkiss EPI conçoit des systèmes de cuisson à infrarouge qui font sécher la peinture en poudre sur les pièces de métal des électroménagers, des pièces automobiles ou des luminaires.
« Pour les manufacturiers, la peinture, c’est généralement 10 % du procédé, mais 90 % de leurs maux de tête », résume son premier vice-président, David Lessard, dans un reportage de La Presse consacré aux entreprises qui résistent à la guerre commerciale.
Jusqu’à l’automne 2024, l’entreprise avançait bien, en offrant à ses clients une solution clés en main, de la conception à l’installation. Puis Donald Trump a été élu, et ses visées tarifaires ont aussitôt freiné les clients. « Rapidement, des clients nous ont dit : “on met notre commande sur la glace” », raconte M. Lessard. Le résultat est brutal : « Nous avons été sept mois sans nouvelles ventes. »
Un virage audacieux
Plutôt que d’attendre, l’équipe s’est remise à l’établi. Elle a adapté son procédé infrarouge à la peinture liquide, celle qu’utilisent la construction navale, l’aéronautique et la défense. Jusqu’ici, sa technologie visait des pièces d’au plus 10 pieds. « Mais pour un char d’assaut ou une aile d’avion, c’est moins bon. Ces fabricants utilisent généralement de la peinture liquide qui peut prendre de trois à cinq jours à sécher », explique le gestionnaire.
Les prototypes modulaires de Sunkiss EPI promettent un résultat comparable en une trentaine de minutes. En mai, l’entreprise les a présentés au salon CANSEC, la grand-messe de l’industrie canadienne de la défense, à Ottawa. La semaine prochaine, David Lessard sera à Halifax pour DEFSEC, avec des rencontres prévues aux 15 minutes. « Je pense que dans deux ou trois ans, on sera vraiment concentrés dans ce segment », dit-il.
Des fournisseurs plus proches
La tempête a eu d’autres effets inattendus. La PME a réduit son réseau de fournisseurs américains et déniché un fabricant de ventilateurs près de son usine. « D’un coup, les coûts de transport sont en baisse, il n’y a plus de droits de douane et d’effet de change. Je suis gagnant là-dessus », souligne M. Lessard.
C’est un carnet de commandes bien garni, soit les contrats déjà signés, qui a permis de traverser la mauvaise passe sans perdre les acquis. Les deux dernières années ont été exigeantes, reconnaît le dirigeant, qui préfère voir le verre à moitié plein.
« Cela nous a permis de sortir de nos pantoufles. Il y a eu un exercice que nous n’aurions peut-être pas fait autrement. Nous nous sommes cassé la tête », dit-il.


