Séparatisme albertain : le compte Rise of Alberta lié à l’avocat Keith Wilson, qui nie le gérer
Une enquête de CBC et de Radio-Canada relie le compte pro-indépendance le plus influent en ligne à une figure de proue du mouvement. Keith Wilson reconnaît connaître la personne derrière le compte, mais assure n’avoir aucun droit de regard sur son contenu.

« Je vous l’assure, ce n’est pas moi. » Keith Wilson ne laisse pas de place au doute. L’avocat albertain, qui chapeaute l’Alberta Transition Council, l’une des principales organisations favorables à la séparation, nie avoir créé Rise of Alberta.
Mais une enquête de CBC et de Radio-Canada montre que les liens entre les deux sont nombreux.
Le compte n’a rien d’anodin. Près de 100 000 abonnés sur X. Quelque 175 000 sur Facebook. Selon l’Observatoire de l’écosystème médiatique (OEM), il génère quatre fois plus d’engagement que le deuxième compte pro-séparation, et près de 12 % de l’engagement en ligne dans les discussions sur l’indépendance.
L’enjeu est réel : les Albertains doivent se prononcer le 19 octobre sur la place de leur province au sein du Canada, a rappelé Radio-Canada.
Une même adresse courriel
Le site de Rise of Alberta a été enregistré de façon anonyme. Mais à l’aide de l’outil d’analyse DomainTools, CBC et Radio-Canada ont retrouvé l’adresse courriel associée. Elle a servi à enregistrer 16 autres sites.
Premier de la liste, il y a 10 ans : celui de Veritas Litigation Support, une entreprise fondée par Keith Wilson. Puis, au cours de la dernière année, ceux de Rise of Alberta, de l’Alberta Transition Council et de Let Alberta Decide, un tiers enregistré codirigé par M. Wilson, c’est-à-dire un groupe inscrit officiellement pour faire campagne. Un site nommé Rise of Saskatchewan a aussi été créé, mais il n’est pas encore actif.
Ce n’est pas tout. M. Wilson ajoute des liens vers la boutique en ligne de Rise of Alberta sur sa chaîne YouTube. Et le compte utilise l’adresse de son cabinet pour les retours d’achats. « Ça ne me coûte rien et ça l’aide », a-t-il expliqué.
La version de Keith Wilson
L’avocat a sa réponse. La personne derrière Rise of Alberta est un développeur Web qui a aussi monté ses propres sites, d’où l’adresse courriel commune. Il reconnaît une relation personnelle avec elle, sans plus de détails.
Il affirme n’avoir aucun droit de regard sur les publications et ne toucher aucun revenu de la boutique. Quant aux messages les plus controversés, il dit ne pas les avoir vus.
Il défend aussi l’anonymat du gestionnaire. Appuyer l’indépendance comporte des risques pour la carrière et la sécurité, plaide-t-il, en disant avoir lui-même reçu des courriels haineux et des menaces de mort.
Des publications qui font des vagues
Rise of Alberta oppose des Albertains épris de liberté à des Canadiens de l’Est très bureaucratiques, selon l’analyste Chris Ross, de l’OEM. Certaines publications vont plus loin : l’une emploie le terme péjoratif « globohomo » pour désigner la communauté LGBT, d’autres qualifient l’immigration de masse de menace existentielle et les changements climatiques d’arnaque.
Où va l’argent de la boutique? On ne le sait pas vraiment. Le compte affirme qu’il sert à payer les outils d’intelligence artificielle qui créent ses images.
Un vide à combler
Pour Chris Ross, le phénomène s’explique : aucun élu ne fait la promotion de la séparation. Des comptes anonymes ont pris le relais. « Structurellement, le mouvement gravite autour de Rise of Alberta en ligne, mais aucune institution démocratique ne le tient au pas », observe-t-il.
La personne derrière le compte n’a pas répondu aux questions de CBC.
En novembre, un internaute avait suggéré que Rise of Alberta et Keith Wilson ne faisaient qu’un. « Ce n’est pas le cas, mais je suis flatté », avait répondu le compte. Réplique de l’avocat : « Moi aussi ».


