Saxe-Anhalt : l’AfD prend la présidence d’un Parlement régional, une première en Allemagne depuis 1945
Le candidat de l’AfD, Tobias Rausch, a obtenu 48 voix sur 82, quatre de plus qu’attendu. Le vote fait craindre des défections chez les conservateurs du chancelier Friedrich Merz.

Pour la première fois depuis 1945, un parti nationaliste dirige les travaux d’un Parlement régional allemand. Mardi, à Magdebourg, les députés de Saxe-Anhalt ont élu à la présidence de leur assemblée, le Landtag, Tobias Rausch, candidat de l’Alternative pour l’Allemagne (AfD), rapporte l’Agence France-Presse, reprise par La Presse.
Le résultat est tombé dès le premier tour : 48 voix pour, 29 contre et cinq abstentions, sur 82 députés. L’AfD, parti anti-immigration et prorusse, compte 39 élus. Elle n’avait reçu publiquement que l’appui des cinq députés du BSW, petite formation de gauche radicale également prorusse. Il lui manquait donc quatre voix, venues d’ailleurs.
Les soupçons pèsent sur la CDU
D’où viennent-elles? Les regards se tournent vers les 15 députés de la CDU, le parti chrétien-démocrate du chancelier Friedrich Merz. Le dirigeant sortant de la région, Sven Schulze, assure que « personne à la CDU ne passera d’une quelconque manière à l’AfD ». La majorité plus large que prévu le contredit, et la figure de proue régionale de l’AfD, Ulrich Siegmund, a confirmé des contacts avec des élus conservateurs.
Le vote n’est pas qu’une affaire de protocole. Le président du Landtag dirige les séances et, par l’entremise d’un « Conseil des sages », fixe l’ordre du jour et tranche les questions de procédure. « Ma porte sera ouverte, j’écouterai, je prendrai au sérieux les différentes opinions et j’essaierai de prendre des décisions de manière transparente et compréhensible », a promis M. Rausch, 35 ans, dont la famille a fait l’objet de soupçons de népotisme.
Le pare-feu se fissure
Depuis des décennies, la classe politique allemande applique le principe du « pare-feu » : aucune coopération avec l’AfD. Ce mur montre des fissures. Le BSW se dit ouvert à des collaborations ponctuelles, tout en refusant d’appuyer M. Siegmund. « Pas de pare-feu, mais un débat sur le fond », a plaidé Christian Leye, un responsable du BSW, à Politico.
Le vrai test viendra en décembre, avec l’élection du chef du gouvernement régional. Ulrich Siegmund, 35 ans, vise la majorité absolue et doit convaincre au moins trois députés d’autres partis. Aucune formation n’a encore accepté de voter pour lui. Si l’AfD formait un gouvernement, ce serait une première pour une force nationaliste dans l’Allemagne d’après-guerre.
Devant l’assemblée, quelques centaines de manifestants ont exhorté les partis à ne pas coopérer avec l’AfD. Le chef régional des sociaux-démocrates, Andreas Schmidt, a jugé l’élection « regrettable ». « Nous ne nous laisserons pas intimider », a lancé la cheffe locale des Verts, Susan Sziborra-Seidlitz.
Un gouvernement fédéral affaibli
Ce vote survient un mois après le triomphe de l’AfD aux élections de Saxe-Anhalt, suivi d’une deuxième victoire en Mecklembourg-Poméranie occidentale, où une coalition de gauche devrait néanmoins gouverner. Au niveau national, l’AfD a franchi la barre des 30 % dans un sondage publié lundi, 13 points devant les conservateurs.
La coalition de M. Merz avec les sociaux-démocrates, minée par les querelles, est à son plus bas dans l’opinion. Le centre politique allemand se dérobe : quand les grands partis de gouvernement déçoivent, les électeurs cherchent ailleurs, et la stratégie de l’exclusion ne suffit plus à les retenir.
Magdebourg, capitale d’une région de l’ex-Allemagne de l’Est, vient de poser un précédent inédit dans l’Allemagne d’après 1945. Décembre dira s’il reste une exception ou s’il devient la règle.


