Sans équipe aux mondiaux, les pistardes canadiennes vont au tribunal
Déboutées par le Centre de règlement des différends sportifs du Canada, cinq pistardes canadiennes obtiennent jusqu’à trois jours d’audience en décembre devant le Tribunal des droits de la personne de l’Ontario. Le Canada, lui, n’enverra que l’équipe masculine aux mondiaux de Shanghai.

Aux mondiaux de cyclisme sur piste, à Shanghai du 14 au 16 octobre, le Canada aura une équipe masculine de poursuite, mais pas d’équipe féminine. Pour les pistardes Fiona Majendie, Skyler Goudswaard, Jenna Nestman, Lily Plante et Justine Thomas, le combat se transporte donc ailleurs : devant le Tribunal des droits de la personne de l’Ontario, qui a accordé mercredi jusqu’à trois jours d’audience en décembre aux coureuses et à Cyclisme Canada.
Les cinq athlètes cherchaient à forcer Cyclisme Canada à inscrire une équipe féminine à Shanghai avant la date limite du 21 septembre. Leur appel a été rejeté par le Centre de règlement des différends sportifs du Canada dans une décision rendue le 10 août, le Centre citant un délai trop court (34 jours). Les coureuses se sont tournées vers le Tribunal des droits de la personne de l’Ontario le 18 août. Le tribunal a suggéré préalablement aux deux parties de tenter la médiation.
Du côté des athlètes, on se dit prêt. « Le Tribunal des droits de la personne continue d’avancer », a écrit mercredi Emir Crowne, le représentant des cyclistes canadiennes. « Ces athlètes sont prêtes à se faire entendre. Les femmes méritent mieux dans le sport canadien. »
Cyclisme Canada, elle, estime que la requête des coureuses abuse des procédures inscrites au Code des droits de la personne, parce que le Centre de règlement des différends sportifs du Canada a déjà tranché dans ce dossier. « Le Centre de règlement des différends sportifs du Canada a jugé que la décision n’est pas discriminatoire », a rappelé Mathieu Boucher, chef de la direction par intérim de Cyclisme Canada. La fédération a demandé, en vain, au Tribunal des droits de la personne de l’Ontario de séparer l’appel en deux parties, pour juger si la plainte abuse des procédures avant de s’attaquer à la question de la discrimination.
La fédération explique sa décision de ne pas envoyer d’équipe féminine de poursuite aux mondiaux par des contraintes budgétaires et par une analyse des performances, laquelle montrerait que l’équipe masculine est plus près du top 6 mondial. En mai, le chef de la direction par intérim affirmait que la porte restait ouverte pour qualifier une équipe féminine de poursuite aux Olympiques de Los Angeles en 2028. « Si on voit un talent incroyable émerger et si on fait la démonstration qu’avec un entraînement adéquat, on peut être compétitif, nous allons trouver l’argent pour qualifier l’équipe pour L.A. », avait-il déclaré.
La suite des échanges a toutefois durci le ton. En septembre, Mathieu Boucher et l’entraîneur Phil Abbott ont écrit aux athlètes qu’il était improbable qu’une équipe féminine de poursuite soit à Los Angeles et que la fédération misait plutôt sur le développement d’une équipe pour les Jeux de 2032. Le contexte financier évolue pourtant : le secrétaire aux Sports Adam van Koeverden a annoncé le 25 septembre une nouvelle enveloppe pouvant aller jusqu’à 6,8 millions de dollars pour Cyclisme Canada, dont un investissement de 846 000 $ en 2026, après l’engagement fédéral d’avril d’investir 660 millions en cinq ans dans le sport et de donner 110 millions aux fédérations.
La poursuite par équipe est une épreuve qui a souri aux Canadiennes par le passé. Elles ont gagné le bronze olympique en 2012 et en 2016 et ont fini 4es en 2021, à Tokyo. C’est ce passé-là, autant que les mondiaux de Shanghai, que les cinq pistardes défendront en décembre.

