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Culture

Saint-Henri, années 40 : la fille d’Yvon Deschamps raconte l’enfance de « Ti-Von » en bande dessinée

Yvon avant Deschamps, signée par Annie Deschamps et illustrée par Sampar, paraît mercredi chez VLB éditeur. La BD mêle dessins, photos de famille et archives du quartier ouvrier où a grandi l’humoriste.

3 min de lecture
Yvon Deschamps en 2023, au vernissage de l’exposition consacrée aux 90 ans du Chaînon (photo d’archives). Photo : Lëa-Kim Châteauneuf / Wikimedia Commons (CC BY-SA 4.0)

Saint-Henri, au début des années 1940. Un quartier ouvrier de Montréal, la guerre en toile de fond, l’Église partout, et un garçon de 9 ans qu’on surnomme Ti-Von. Des décennies avant de faire rire le Québec avec le gars de la shop, Yvon Deschamps était cet enfant-là. Sa fille aînée a décidé de le raconter.

Yvon avant Deschamps, une bande dessinée signée par Annie Deschamps, paraîtra mercredi chez VLB éditeur, rapporte Radio-Canada. Le projet a mis plusieurs années à aboutir, au rythme des confidences d’un père longtemps discret sur sa propre jeunesse.

Une parole qui se délie

L’humoriste a souvent mis en scène la vie des gens ordinaires. La sienne, beaucoup moins. « Il y a sept ou huit ans, mon père a vraiment commencé à parler, à raconter des choses qui lui étaient arrivées », explique Annie Deschamps, fille d’Yvon Deschamps et de Judi Richards.

Le travail de collecte a demandé de la patience. « On ne peut pas pousser mon père. Des fois, il ne veut rien savoir pendant six mois », confie-t-elle.

L’auteur et bédéiste Tristan Demers agit comme directeur littéraire. Les illustrations sont de Sampar, connu pour les séries Billy Stuart et Capitaine Static.

Un livre qui documente

L’ouvrage se distingue par son volet documentaire. Les planches de Sampar alternent avec des photos de famille, des images d’archives et de courts textes qui rappellent le contexte historique. Annie Deschamps a fouillé les boîtes à souliers de la parenté et, avec Tristan Demers et son père, les fonds de la Société historique de Saint-Henri.

Le portrait de l’époque n’est pas embelli : la pauvreté, l’emprise de l’Église, l’ombre de la Seconde Guerre mondiale, et des femmes largement confinées au foyer, entre tâches sans fin et peu de reconnaissance. L’autrice a toutefois choisi d’écarter certains souvenirs plus durs, dont les coups que le jeune Yvon recevait parfois de sa mère.

Une confidence l’a frappée. « Il y a une chose qui m’a surprise dans ce que mon père m’a dit, c’est que [dans son milieu], on ne rêvait pas du tout », raconte-t-elle. Ce n’est que plus tard, dit-elle, qu’il s’est mis à rêver.

Trois frères et un projecteur

Le ton reste pourtant bon enfant. On y suit les trois frères Deschamps, Denis l’aîné, Yvon le cadet et Gilles le benjamin, qui font les 400 coups, se taquinent sans relâche ou fuient les jeunes Irlandais du quartier. On les voit regarder des « vues » sur un projecteur rafistolé par le père, Avila, dessinateur industriel au cœur tendre.

Pour Sampar, l’exercice demandait de la retenue. « Je voulais que le personnage ressemble à Yvon, mais je ne voulais pas en faire une caricature », explique l’illustrateur, qui a travaillé à partir des photos de l’enfant.

Une mémoire à transmettre

Annie Deschamps enseigne l’univers social en 6e année, à Verdun. Elle voit dans la BD un outil pour faire comprendre aux jeunes que le Québec d’hier n’est pas si lointain. « C’était complètement différent, mais ce n’est pas si loin que ça », leur dit-elle. Elle l’imagine aussi entre les mains des grands-mères, comme amorce de conversation.

Sampar, lui, pense à la génération de sa fille, au début de la vingtaine, pour qui le nom d’Yvon Deschamps ne dit rien. Il espère faire découvrir celui qui est, à ses yeux, « non seulement un grand de son métier, mais aussi une icône du Québec ».

Un peuple qui oublie d’où il vient finit par ne plus comprendre ce qui le fait rire. En rendant à Ti-Von son quartier, sa famille et sa pauvreté digne, cette bande dessinée rappelle que les plus grands monologues québécois sont nés quelque part, dans une ruelle de Saint-Henri.

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