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Société

Romans écrits avec l’IA : les Québécois disent non, mais l’affaire Orélien fait vendre

Près de 70 % des Québécois auraient moins envie de lire un roman écrit avec l’aide de l’IA. Pourtant, le livre au cœur des allégations n’a jamais été aussi populaire.

2 min de lecture
Une librairie de Montréal. Photo : redroseteafigurine / Wikimedia Commons (CC BY-SA 4.0)

Jusqu’où un écrivain peut-il se faire aider par une machine avant que son œuvre cesse d’être la sienne? La question, longtemps théorique, s’est invitée dans les librairies québécoises avec les allégations visant Thélyson Orélien, auteur du roman C’était ça ou mourir, accusé depuis le 21 septembre par le compte X « Balance ton Claude » d’avoir eu recours à l’intelligence artificielle et au plagiat. L’auteur n’a été reconnu coupable de rien, mais le débat, lui, est lancé.

D’un côté, les lecteurs tracent une ligne nette. Selon un sondage Synopsis réalisé pour La Presse du 24 au 27 septembre auprès de 1000 Québécois, l’IA est bien acceptée comme outil : 75 % jugent acceptable de s’en servir pour corriger un texte, 65 % pour faire de la recherche. Mais dès qu’elle touche à la création, le vent tourne. Seuls 38 % acceptent qu’elle améliore la qualité littéraire d’un texte, 30 % qu’elle génère des idées comme des personnages ou des intrigues, et 16 % à peine qu’elle écrive des paragraphes ou des chapitres entiers.

Plus révélateur encore, près de 70 % des répondants disent que savoir qu’un auteur a utilisé l’IA leur donne « moins » (24 %) ou « beaucoup moins » (44 %) envie de lire son roman. Les femmes, plus nombreuses à lire au Québec, y sont aussi plus réfractaires.

De l’autre côté, le marché raconte une histoire bien différente. Selon les données de la Société de gestion de la BTLF rapportées par Radio-Canada, les ventes du roman ont progressé de 3 % dans l’ensemble du marché et de 5,5 % dans les librairies indépendantes pendant la semaine du 21 au 27 septembre, celle-là même où les accusations ont éclaté. Le livre s’est hissé au premier rang des librairies indépendantes québécoises. En France, il est devenu le roman le plus vendu, avec un peu plus de 18 000 exemplaires en une semaine, selon l’institut GfK cité par Le Parisien.

Comment concilier ces deux réalités? La curiosité, sans doute, attire les lecteurs vers le livre dont tout le monde parle. Mais les conséquences sont bien réelles pour l’auteur : son roman a été retiré de la sélection du prix Goncourt, même s’il reste en lice pour les prix Médicis, Renaudot et Fémina, et le Salon du livre de l’Estrie a annulé sa participation.

Le sondage n’affiche pas de marge d’erreur, et une semaine de ventes ne fait pas une tendance. Mais une chose se dessine : les Québécois distinguent l’outil de l’auteur. Ils tolèrent le correcteur, se méfient du coécrivain. Reste à savoir qui, des tribunaux de l’opinion, des éditeurs ou des lecteurs à la caisse, aura le dernier mot sur ce qu’est un livre écrit par un humain.

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