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Opinion
Chroniqueur anonyme

Québec inc. réclame l’enrichissement : bonne idée, mais « enlever les obstacles », ça commence par l’État

À trois jours du vote, de grands noms des affaires sonnent l’alarme sur la prospérité du Québec. Leur diagnostic est juste. Leur ordonnance est vide.

3 min de lecture
Le centre-ville de Montréal vu du mont Royal (photo d’illustration). Photo : Taxiarchos228 / Wikimedia Commons (CC BY 3.0)

Il aura fallu attendre la dernière ligne droite de la campagne pour entendre enfin le mot qui manquait : enrichissement. Pas « investissement », ce mot magique qui veut dire dépense. Pas « aide », pas « programme ». Enrichissement.

Vendredi, dans un hôtel du centre-ville de Montréal, Andrew Lutfy, actionnaire de contrôle de Groupe Dynamite, est venu livrer un message signé aussi par Alain Bouchard, cofondateur d’Alimentation Couche-Tard, Laurent Beaudoin, l’architecte de Bombardier, et Paul Desmarais III, de Sagard. Selon La Presse, ces poids lourds demandent au prochain gouvernement de placer l’« enrichissement collectif » au sommet de ses priorités si le Québec veut avoir les « moyens économiques de ses ambitions ».

Amen. On aurait aimé l’entendre il y a un mois.

Le diagnostic est bon

Le regroupement soutient que le statu quo « n’est plus une option » et que le Québec traîne en queue de peloton, face aux autres provinces et aux États américains, pour les indicateurs clés de prospérité.

On objectera, avec raison, qu’une étude de l’économiste Pierre Fortin publiée en 2024 nuance ce portrait : mesuré par le PIB réel par habitant à parité de pouvoir d’achat, c’est-à-dire en tenant compte du coût de la vie, le Québec aurait comblé son écart de richesse avec l’Ontario. Soit. Mais se consoler d’avoir rattrapé l’Ontario, une province qui elle-même piétine, c’est se féliciter d’avoir rejoint le peloton du fond.

Et surtout, cette richesse, qui la paie? Vous. Chaque promesse électorale de cette campagne, chaque nouveau programme, chaque nouvel organisme, sera financé par une économie qui doit d’abord produire avant que l’État ne puisse redistribuer. On ne partage pas une tarte qu’on n’a pas cuite.

L’ordonnance est vide

C’est ici que les patrons déçoivent. Leur sortie demande à Québec d’« enlever les obstacles », sans présenter d’initiatives concrètes, note La Presse. Or c’est M. Lutfy lui-même qui le dit le mieux : « Une ambition sans mesure concrète demeure un souhait ».

Alors, nommons-les, ces obstacles, puisque personne n’ose le faire.

La paperasse, d’abord. Le permis qui dort sur un bureau de fonctionnaire pendant que le chantier attend. La réglementation qui s’empile, chaque ministère ajoutant sa couche sans jamais en retirer une.

Le fardeau fiscal, ensuite. On ne peut pas réclamer des investisseurs audacieux tout en taxant leurs gains comme s’ils étaient suspects.

La taille de la machine, enfin. Un État qui grossit plus vite que l’économie qui le nourrit finit toujours par l’étouffer.

Ces obstacles ont un point commun : ils portent tous l’adresse de l’État québécois. Voilà pourquoi la gêne des gens d’affaires à les nommer est révélatrice. Quand on dépend de subventions, de contrats publics et de bonnes relations avec le gouvernement, on évite de mordre la main qui signe les chèques.

Apolitique, vraiment?

Les initiateurs jurent que leur démarche est « apolitique » et non partisane. « On n’est pas ici pour dire aux Québécois comment voter ou influencer leur choix », a affirmé M. Lutfy. Fort bien. Mais la sortie survient au moment où certains sondages placent le Parti québécois, qui promet un référendum sur l’indépendance, en territoire majoritaire.

On peut être pour ou contre la souveraineté. Mais aucun investisseur n’aime l’incertitude, et aucun contribuable ne profite d’un climat où les capitaux attendent de voir avant de bouger. Les patrons le savent. Ils ont choisi de ne pas le dire. C’est leur droit; c’est aussi la limite de leur exercice.

Lundi, chaque électeur aura le droit de poser la question que Québec inc. a esquivée : qui, parmi les partis, promet de retirer quelque chose plutôt que d’ajouter? Gardez votre compte de taxes à portée de main en entrant dans l’isoloir. C’est lui qui paiera pour la réponse.

Les textes d’opinion n’engagent que leurs auteurs.

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