Quatre partis de droite, et QS promet la rue : non, réformer l’État, ce n’est pas le détruire
Au soir des élections, Québec solidaire a promis de se battre « dans la rue » contre ceux qui veulent couper. Les électeurs, eux, venaient d’envoyer un message clair sur la façon dont ils veulent voir leur argent géré.

Vous avez voté lundi. Vous avez peut-être choisi un parti qui promettait de mieux gérer votre argent. Mauvaise nouvelle : à entendre Québec solidaire, vous venez de voter pour la démolition de l’État.
C’est Manon Massé qui l’a dit, au rassemblement solidaire de lundi soir, selon Radio-Canada. Elle trouve « très inquiétant » d’avoir quatre partis de droite au Parlement, des partis qui, selon elle, « veulent encore plus détruire l’État qu’on s’est donné pour protéger tout le monde ».
Détruire. Rien de moins. Vouloir que l’État livre ce qu’il promet pour le prix qu’on lui paie, ce serait donc vouloir le raser.
Alexandre Boulerice, premier élu solidaire de la soirée, a précisé le programme : « On va se tenir debout contre ceux qui veulent couper dans nos services. La lutte continue et ça ne se passera pas juste à l’Assemblée nationale, mais dans la rue! »
La rue. Le soir même d’une élection. Les électeurs venaient à peine de choisir leur Parlement qu’on leur annonçait déjà que le vrai débat se ferait ailleurs.
Couper n’est pas détruire
Parlons-en, des services qu’il faudrait protéger à tout prix. Quand Radio-Canada dresse la liste des erreurs qui ont écœuré le public pendant le dernier mandat, deux mots suffisent : Northvolt. SAAQclic. Deux dossiers qui ont fait douter les Québécois de la capacité de la machine à gérer leur argent.
Voilà le cœur du malentendu. Pour QS, chaque dollar retiré d’un programme est une agression. Pour une bonne partie des électeurs, chaque dollar mal dépensé en est une aussi, contre leur portefeuille. Un État qui dépense mieux n’est pas un État détruit. C’est un État qui rend des comptes.
Et rendre des comptes, ça commence par poser des questions simples. Combien coûte ce programme? Qu’est-ce qu’il donne? Qui le paie? Si la réponse à la troisième question est toujours la même, c’est-à-dire vous, la première mérite qu’on s’y attarde.
Le monde a parlé
Le plus savoureux, c’est que Manon Massé a elle-même donné la réponse. « C’est ça que le monde veut, c’est correct », a-t-elle concédé.
En effet. Le Parti conservateur, qui n’avait jamais fait élire un seul député depuis sa fondation en 2009, en a fait élire 19, avec 20,7 % des voix, selon Radio-Canada. « Plus d'un Québécois sur cinq vient de voter conservateur », a résumé Éric Duhaime.
Ces électeurs ne sont pas des démolisseurs. Ce sont des gens qui paient la facture et qui veulent en avoir pour leur argent. Les traiter comme une menace pour « tout le monde », c’est oublier qu’ils font partie de tout le monde.
La rue ne vote pas de budget
QS a droit à ses convictions, et ses militants, à leur enthousiasme. Le parti dit avoir mobilisé 3000 bénévoles, fait 600 000 appels et frappé à 150 000 portes. Belle machine. Mais quand on a autant d’énergie, pourquoi la promettre à la rue plutôt qu’à l’Assemblée nationale, là où se votent les budgets, où se posent les questions et où l’on peut proposer mieux?
La démocratie, ce n’est pas seulement le droit de manifester. C’est aussi accepter qu’un soir d’élection, les électeurs puissent préférer un État plus sobre à un État plus gros. Ça ne détruit rien. Ça s’appelle un mandat.
La prochaine fois qu’on vous dira que vouloir couper, c’est vouloir détruire, sortez votre avis d’imposition. Vous verrez bien qui, depuis des années, se fait démolir.
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