PSPP premier ministre avec 28 % des voix : un gouvernement minoritaire qui devra négocier chaque loi
Le Parti québécois prend le pouvoir avec 59 sièges sur 127, le plus faible appui populaire de l’histoire pour un parti au gouvernement. Les libéraux deviennent l’opposition officielle, les conservateurs entrent en force et la CAQ disparaît de l’Assemblée nationale.

Paul St-Pierre Plamondon sera le prochain premier ministre du Québec, mais il ne gouvernera pas seul : avec 59 députés sur 127, son Parti québécois (PQ) devra trouver des appuis dans l’opposition pour faire adopter chacun de ses projets de loi, d’après les résultats compilés par Radio-Canada lundi soir.
Le portrait de la 44e législature est sans précédent. Le Parti libéral du Québec (PLQ) obtient 40 sièges, le Parti conservateur du Québec (PCQ) en décroche 19, Québec solidaire (QS) en conserve 9 et la Coalition avenir Québec (CAQ), au pouvoir depuis 2018, n’en fait élire aucun. Il fallait 64 sièges pour une majorité.
Les péquistes accèdent au pouvoir avec 28,0 % des voix exprimées, contre 24,2 % pour le PLQ, 20,7 % pour le PCQ, 13,3 % pour la CAQ et 12,4 % pour QS. Selon Radio-Canada, c’est la première fois dans l’histoire du Québec qu’un parti forme le gouvernement avec un score aussi faible. Le plancher précédent appartenait déjà au PQ : en 2012, le gouvernement minoritaire de Pauline Marois avait été élu avec 31,9 % des voix.
Pourquoi c’est important
Un gouvernement minoritaire ne contrôle pas l’Assemblée nationale. Chaque projet de loi, chaque budget et chaque motion de confiance, c’est-à-dire un vote qui peut faire tomber le gouvernement, dépendra des votes d’au moins un autre parti. Radio-Canada rapporte qu’on ne s’attend pas à une alliance formelle, mais plutôt à des négociations au cas par cas.
L’arithmétique est simple : le PLQ, le PCQ et QS disposent chacun d’assez de députés pour servir d’appoint au gouvernement. Les deux formations les plus à droite sur le plan économique pèsent lourd dans cette nouvelle chambre. Libéraux et conservateurs réunis comptent autant de sièges que le gouvernement péquiste, et ils ont obtenu ensemble près de 45 % des voix.
Le message des urnes est donc nuancé. Les électeurs ont congédié la CAQ, mais ils n’ont pas remis un chèque en blanc au PQ.
Cette faiblesse a aussi une conséquence sur l’option fondamentale du parti. Dans son discours de victoire, M. St-Pierre Plamondon a réitéré sa volonté de tenir un référendum sur la souveraineté, avec le concours d’autres députés indépendantistes. Il avait toutefois promis, avant la campagne, d’attendre le départ de Donald Trump de la Maison-Blanche. Or, rappelle Radio-Canada, un gouvernement minoritaire dure d’ordinaire au plus 18 mois, alors qu’il reste trois ans au mandat du président américain.
Les acteurs et leurs intérêts
Le premier ministre désigné, âgé de 49 ans, revient de loin : le PQ n’avait fait élire que trois députés sur 125 en 2022. « C’est techniquement une augmentation de 2000 % », a-t-il lancé à ses militants réunis à Montréal, selon Radio-Canada. Pendant un discours d’une vingtaine de minutes, il a tendu la main aux trois autres partis et promis d’être le premier ministre de tous les Québécois.
Dans la salle, l’enthousiasme a toutefois été tempéré par l’annonce d’une minorité. « On ne pourra rien faire avec un gouvernement minoritaire », a confié un partisan à Radio-Canada, qui a résumé sa soirée par une formule : une victoire avec la larme à l’œil.
Le chef libéral Charles Milliard, élu dans Orford avec 37,8 % des voix, dirigera l’opposition officielle. Pharmacien de formation et ancien PDG de la Fédération des chambres de commerce du Québec, il a doublé la taille du caucus libéral, qui comptait 18 députés à la dissolution. Son parti a remporté les six circonscriptions de Laval, une première depuis 2014, et ravi Jean-Talon au PQ, à Québec. Il s’est dit prêt à collaborer « si c’est dans l’intérêt des Québécois », mais a prévenu que les péquistes trouveraient une opposition déterminée sur la question référendaire.
Le PCQ d’Éric Duhaime vit pour sa part une soirée historique. Jusqu’ici, le parti n’avait siégé à l’Assemblée nationale que grâce à des transfuges, Claire Samson puis Maïté Blanchette Vézina. M. Duhaime, qui avait échoué à deux reprises, a été élu dans Bellechasse. Les conservateurs ont fait plusieurs de leurs gains au détriment de la CAQ, notamment dans la région de Québec, où le PQ ne compte aucun député, selon Le Soleil.
Québec solidaire, enfin, sauve les meubles avec neuf élus, assez pour former le deuxième groupe d’opposition derrière les conservateurs. Sa co-porte-parole, Ruba Ghazal, a dénoncé dans son discours un « vent de droite » qui a soufflé sur la campagne, selon Radio-Canada. Le parti a perdu Verdun et Maurice-Richard aux mains des libéraux.
Ce que ça change pour vous
Le nouveau gouvernement a confirmé qu’une mise à jour économique sera présentée cet automne, notamment pour agir sur l’itinérance. Pour les contribuables, c’est le premier test. Quelles nouvelles dépenses seront annoncées, à quel coût et avec quels résultats mesurables? Comment seront-elles financées, alors que le PQ devra obtenir l’appui d’au moins un parti d’opposition pour les faire adopter?
La configuration de l’Assemblée donne justement un poids inhabituel aux partis qui réclament une gestion serrée des fonds publics. Un gouvernement minoritaire qui veut durer devra composer avec eux, ou avec Québec solidaire, dont les priorités vont dans le sens inverse.
Le taux de participation s’est établi à 66,90 %, en légère hausse par rapport à 2022 (66,15 %) et à 2018 (66,45 %).
À Ottawa, le premier ministre Mark Carney a félicité M. St-Pierre Plamondon et s’est dit impatient de travailler avec lui pour soutenir les entreprises et les travailleurs touchés par les droits de douane américains, ainsi que pour bâtir plus de logements.
La suite
L’Assemblée nationale sera profondément renouvelée : selon les calculs de Radio-Canada, seuls 28 députés ont été réélus, dont 17 libéraux, ce qui signifie que 99 nouveaux élus feront leur entrée au Salon bleu, rénové et rouvert après deux ans de travaux.
Avant cela, des dépouillements judiciaires, c’est-à-dire des recomptes ordonnés par un juge, sont attendus dans les circonscriptions les plus serrées. Le PLQ ne l’a emporté que par 14 voix dans Vachon et par 39 voix dans Saint-Henri–Sainte-Anne.
Viendront ensuite l’assermentation des élus et la formation du Conseil des ministres. La législature s’ouvrira le 17 novembre avec le discours d’ouverture du premier ministre, qui présentera ses priorités. Ce sera le premier moment où l’on saura qui, dans l’opposition, est prêt à soutenir le gouvernement, et à quel prix.


