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Société

Premières Nations : l’APNQL veut rencontrer PSPP dans ses 100 premiers jours, le veto en toile de fond

Les chefs autochtones accueillent le gouvernement minoritaire péquiste avec un optimisme prudent. Mais la promesse d’une constitution provisoire sans droit de veto autochtone laisse des traces.

3 min de lecture
L’hôtel du Parlement, siège de l’Assemblée nationale, à Québec (photo de 2025). Photo : Hayden Soloviev / Wikimedia Commons (CC BY 4.0)

Comment un gouvernement qui veut faire du Québec un pays peut-il, du même souffle, bâtir une relation de nation à nation avec les Premiers Peuples? C’est la question que les chefs autochtones posent, en substance, au premier ministre désigné Paul St-Pierre Plamondon.

Le chef de l’Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador (APNQL), Francis Verreault-Paul, souhaite le rencontrer, lui et son équipe, dans les 100 premiers jours de son mandat, a rapporté Radio-Canada. « Pour moi, changement signifie d'abord et avant tout opportunité », dit-il.

Son objectif : parler de réconciliation législative, c’est-à-dire de la façon dont les lois du Québec reconnaissent les nations autochtones. Il veut changer les façons de faire de l’Assemblée nationale pour établir enfin une véritable relation de nation à nation.

Un optimisme prudent

D’un côté, plusieurs leaders se montrent ouverts. Le grand chef du Grand conseil des Cris, Paul John Murdoch, raconte avoir rencontré le chef péquiste avant la campagne. Celui-ci lui avait confié bien peu connaître les réalités du Nord. « S’il est le même homme avec la même ouverture d’esprit, alors j’ai hâte de voir les prochaines années », affirme M. Murdoch.

Le grand chef voit même un avantage au statut minoritaire du gouvernement. Dans un monde polarisé, « un mandat majoritaire, c’est comme dire qu’on n’a plus besoin de se parler », estime-t-il.

La directrice générale du Regroupement des Centres d’amitié autochtones du Québec, Tanya Sirois, affiche elle aussi un optimisme conditionnel. « J’ai un certain optimisme jusqu'à tant qu'on me prouve le contraire », dit-elle. Elle souhaite que les nouveaux élus se mettent rapidement à jour sur les dossiers autochtones, dont la réalité des Autochtones qui vivent en ville.

Mme Sirois rappelle le rapport final de la commission Viens, qui s’est penchée sur les relations entre les Autochtones et certains services publics. Selon elle, Québec avait décidé d’investir en 2020, puis a jugé quelques années plus tard que ce n’était plus important. Elle attend de voir comment le nouveau gouvernement se positionnera.

La pierre d’achoppement : le veto

De l’autre côté, la question de la souveraineté, celle du Québec comme celle des Premiers Peuples, a créé des remous.

En mai, le Parti québécois avait voulu présenter aux chefs de l’APNQL le passage de son Livre bleu sur la souveraineté qui les concerne, une démarche jugée prématurée par les leaders autochtones. Puis, le 30 septembre, M. St-Pierre Plamondon a affirmé que les Premières Nations seraient consultées, mais qu’elles n’auraient aucun veto sur l’élaboration d’une constitution provisoire du Québec.

La déclaration a fait réagir. Dans une lettre ouverte publiée le 2 octobre, le chef de la communauté anishnabe de Lac Simon, Lucien Wabanonik, a rejeté l’idée d’une relation dont les règles seraient fixées d’avance. « Il n’y a pas trois ordres de gouvernement en ce moment. Il y en a quatre », a-t-il écrit.

Plus prudent, M. Verreault-Paul estime qu’il y a des positions à clarifier ensemble. Paul John Murdoch, lui, juge que parler de consultation et de consentement revient à une logique de marchandage. « Quand on parle de consultations et de consentement, on est dans une approche transactionnelle », souligne-t-il. Il souhaite que Québec associe directement les gouvernements autochtones à ses décisions pour coconstruire ses politiques d’égal à égal.

Ce qui reste à trancher

Le Conseil de la Nation atikamekw, lui, invite le nouveau gouvernement à s’inscrire dans l’héritage de René Lévesque, l’un des premiers à parler de relation de nation à nation au Québec.

Reste une tension que personne n’a encore résolue. Pour un gouvernement minoritaire qui devra négocier chaque décision, partager la prise de décision avec d’autres gouvernements soulève des questions bien concrètes : qui aura le dernier mot sur les grands projets du Nord, et combien de temps faudra-t-il pour s’entendre? Entre la consultation sans veto promise par PSPP et la codécision réclamée par les Cris, l’espace de compromis reste à définir.

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